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LES AJOUX et LA PRAIRIE

LES AJOUX et LA PRAIRIE

Texte et plan d'André Buffet
Photographie, texte et mise en page de Jean-Michel Peers.
Cartes postales de la Terra Foundation for American Art,
excepté "Les Prairies" (collection Roland Sorin).
Copie de plan cadastral de 1838, Daniel Goupil.
Texte extrait du "Democrate Vernonnais", par Amaury Eberle.


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La zone alluviale située au sud du village est cernée par quatre cours d'eau: la Seine, le second
bras de l'Epte, dont le principal serpente à l'entrée de Villez et se jette en Seine près de
l'ancien barrage, le Bras de Seine dit aussi de Manitaux, et enfin le Ruisseau Communal qui prend
naissance près du Moulin de Cossy, et se jette dans le Bras de Manitaux, au Port.

Le triangle ainsi formé, constitué de sédiments limoneux, surplombe de quelques mètres le niveau du
fleuve dont la cote à l'entrée du village est de 11,00m. NGF, alors que la route de Giverny
avoisine les 16,00m. NGF. Ainsi ces terres sont inondables sur une grande partie de leur étendue,
puisque comprises entre ces deux cotes (de 12 à 14 m. NGF).



D'ailleurs, de nombreuses cartes postales où figure la célèbre inondation de 1910 en témoignent.
Sur le détail de celle-ci, datée du 24 avril 1910, on voit l'état de la route de Limetz,
avec, à droite, les pâturages de la rive gauche de l'Epte. La "Prairie" et
les "Ajoux" partent ensuite de la rive droite jusqu'au Bras de Manitaux.




Le plan cadastral montre, comme sur les coteaux, un nombre important de parcelles, excepté
pour la Prairie. On retrouve en 1, la pisciculture du Moutier, en 2, le Moulin des
Chennevières, en 3, la Prairie, et en 4, le moulin de Cossy.




Lorsque la fonte des neiges se coordonne avec les pluies diluviennes de la fin de l'hiver, les
rivières de la Marne, de l'Oise, de l'Yonne et du Loing et du Grand-Morin, en amont, gonflent le
débit de la Seine elle-même en crue; notre sympathique rivière d'Epte si paisible en été, s'échappe
alors de son lit mineur et inonde la basse vallée, ne pouvant plus rejoindre normalement la Seine
qui reflue et envahit le territoire de la commune. Les crues furent nombreuses et dévastatrices de
tout temps. A la première recensée en 583, succédèrent d'autres inondations en particulier plus
près de nous, la crue centennale de 1910. Je rappelle ici le désespoir de Claude Monet: les
Nymphéas construits quinze années plus tôt sont immergés et saccagés par l'eau boueuse qui
recouvre par endroit la ligne de chemin de fer. Je note néanmoins que le désastre devait être
moins important que prévu, car Claude Monet ne passa pas une quatrième commande de
nénuphars chez Latour-Marliac. Après la Seconde Guerre Mondiale, d'autres crues
plus faibles envahirent la basse vallée en particulier en 1945, 1954, et en 1955.



Sur le détail de cette carte des Editions Lavergne, on voit l'ensemble des Ajoux sous les eaux,
jusqu'à la Ferme de la Dîme, que l'on reconnait à la hauteur de la grange dîmière
qui tranche sur les autres fermes du village (photo prise depuis le Petit Val).
Malgré les dégats et les calamités causés, les limons provenant des riches terres
des plateaux se déposent en couches fertiles et légères. Ainsi au cours des millénaires,
les Ajoux et la Prairie bénéficièrent de cet apport silico-argileux propice à la culture.

Ci-dessous, depuis la colline surplombant la Ferme de la Côte, on voit cet important corps
de ferme de Monsieur de la Lombardière, la maison du pressoir, où résidait Claude Monet,
le hameau, et au loin, un paysage pastoral idyllique à perte de vue jusqu'à Limetz.



L'appartenance à ce secteur agricole favorisé devait être une marque de reconnaissance,
à voir l'inscription "Les Ajoux", réalisée par la pose de tuiles de différentes couleurs, très
usées, que l'on devine sur la gauche de la toiture de cette ancienne ferme toute proche.
Cette ferme n'a pas d'histoire particulière, si ce n'est qu'elle fut active
jusque dans les années 1980 et était exploitée par Bernard Berche,
maire de Giverny pendant 23 ans, entre 1963 et 1992.



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Ces deux plaines de bonnes terres s'étendent sur une superficie de 77 hectares. Les Ajoux à
l'ouest, la Prairie à l'est, sont séparés par un petit ruisseau allant du Ruisseau Communal
à l'Epte. Son débit est régulé par une vanne; le lieu se nomme « le Déversoir ».




Vue vers les Ajoux (à droite de la vanne) La Prairie est à gauche.




Au fond, le hameau du Pressoir où l'on distingue la maison de Mr Lebrun, maraîcher.





La fonction de ce que le photographe appelait jadis pompeusement
"Cascade sur l'Epte"
avait deux effets: irriguer les terres par un apport d'eau, et, le cas échéant,
le limiter lors de pluies abondantes. Peut-être cette vanne régulait-elle le
débit de l'eau à la roue du Moulin des Chennevières, ce qui reste à confirmer.

On accède à cette zone de culture par un pont de pierre, construit en mai 1873,
en amont du moulin. Auparavant un rustique pont de bois enjambait le ru.
On aperçoit ce pont sur la toile de Theodore Robinson "Gossip".





Ainsi, la nouvelle construction permit-elle de faciliter le transport des céréales et des foins,
avec des chars de plus gros gabarit. Il y avait un autre moyen de passer d'une rive à l'autre du
ru, là où il n'y avait pas de pont. Simple et pas cher! Sous le pont du chemin de fer de la
Grande Arche, on trouvait un gué plus ou moins stabilisé. Les charretiers empruntaient la passerelle



à pied sec et les chevaux suivaient les sabots dans l'eau jusque de l'autre côté.
Ainsi, on franchissait à la fois la voie ferrée et le petit ru. (cf G.C).

Les Ajoux avaient donc la vocation de produire du blé en particulier. Blé qui était acheminé vers
l'un des trois moulins. Aujourd'hui la culture du maïs a supplanté celle du blé, question de
rendement: en effet cette céréale est gourmande en eau; en conséquence,
les terres basses de la vallée sont indiquées.



Labour dans les Ajoux en 1942 (photo: famille Dufour-Ledanois).
Charlot (Charles Indergand) avec "Misère" et "Coquette" qui tirent la charrue.
Charlot, embauché comme charretier à la ferme Ledanois en 1940 pour remplacer
Léon Ledanois mobilisé en 1939 et prisonnier de guerre de 1940 à 1945.



Une société de maraîchage exploitait quelques parcelles près de la Seine. Quant à la Prairie,
divisée entre plusieurs propriétaires, dont les plus importants étaient monsieur de la Lombardière,
propriétaire de la Ferme de la Côte, et madame de Rouzé, elle fut, comme son nom l'indique, un
espace de pâtures exploitées par leurs propriétaires ou louées à des particuliers fermiers.

Il est certain qu'en 1900, les cultivateurs entretenaient les terres avec vigilance et savoir-faire
(échardonnage à la gouge, élagage des saules, destruction du gui, faucardage des rivières..ect..):
des travaux manuels oubliés. Voulez-vous comparer un instant une carte postale des coteaux et une vue
du même site aujourd'hui (la broussaille y prospère, les prés sont mités par une végétation épineuse).

Herse-t-on encore pour démousser? Les prairies sont-elles amendées régulièrement? Sème-t-on
toujours le ray-grass, le sainfoin, le vulpin, le fromental et autres graminées fourragères?





Il est vrai que l'intérêt qu'on accordait aux herbages est différent en l'espace de cent ans.
L'élevage était vital pour les fermiers. Pour certains il était un signe de prospérité, pour
d'autres une situation de survie. Il suffisait dans une petite exploitation que le veau de l'année
crève, pour compromettre le bien-être d'une famille. L'élevage et la viticulture leur procuraient
le seul moyen d'échange, par l'apport d'un peu d'argent et l'espérance d'une vie meilleure. Raison
suffisante pour entretenir coûte que coûte les herbages avec toute l'attention requise.

Les travaux exécutés pour assainir le Marais n'ont pas été vains. En lui donnant une fonction
agricole, il devint avec la Prairie les deux plus grands herbages abondants de Giverny.
Pour mémoire: le Marais 22 ha environ, la Prairie 9 ha environ sur 60 ha représentant
la superficie des prés à Giverny.

L'aspect général de la Prairie n'a certainement pas évolué considérablement en un siècle.
Par contre il s'est modifié assurément en un plus grand laps de temps. Il suffit d'observer
en aval du Pont de Manitaux les noues comblées par les alluvions livrées par la Seine et ses
canaux. Il est probable qu'en amont la situation est identique, pour preuve il y a quinze ans
encore, un trait de verdure en dépression, traverssait une terre labourée de la Pierre aux
Malades, en direction de l'Ile aux Orties. Aujourd'hui les labours ont aplani le sol.

En tout cas, située au confluent de fleuve et de rivières très actifs, cette terre d'alluvions
riche et souple, a de tout temps attiré l'attention de l'homme. Je rappelle ici l'ancienneté du
village, ainsi que l'implantation à Villez d'une ''villa'' romaine, découverte à gauche sur la
route de Gommecourt, et dont on entreprit les fouilles dans les années 80. C'est dire
que son chef connaissait l'avantage qu'il pouvait tirer d'herbages et de cultures de
céréales, voire légumières, sur ces terres fraîches, faciles à travailler.

Je cite ici un extrait du « Code Général de la propriété des personnes publiques »,
relatif aux « dispositions particulières au domaine public fluvial ».

Section 2, Article L2131.2

« Les propriétaires riverains d'un cours d'eau ou d'un lac domanial ne peuvent planter d'arbres ni
se clore par haies ou autrement qu'à une distance de 3m,25. Leurs propriétés sont grevées sur
chaque rive de cette dernière servitude de 3m,25, dite servitude de marchepied.
Tout propriétaire, locataire, fermier ou titulaire d'un droit réel, riverain d'un cours d'eau ou
d'un lac domanial est tenu de laisser les terrains grevés de cette servitude de marchepied à
l'usage du gestionnaire de ce cours d'eau ou de ce lac, des pêcheurs et des piétons ».

Ceci pour rappeler que quiconque peut circuler librement sur les berges d'un cours d'eau, tels la
Seine et le Bras de Manitaux, et autre cours d'eau pourvu qu'il soit référencé ''domanial'',
sans empiéter de plus de 3m,25 sur le terrain qui doit rester libre et ne doit pas
entraver la circulation pédestre. Dans certains cas exceptionnels cette
distance peut-être réduite jusqu'à 1m,50. (Article L 2131.3)

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UN DRAME DANS LES AJOUX EN 1944




Dans la nuit du 7 au 8 juin 1944, un bombardier quadrimoteur AVRO LANCASTER de la Royal Air Force
s’écrase en flammes dans la plaine des Ajoux. En mission de nuit au delà du Rhin, il fut touché
par la DCA allemande sur le plateau, survola Giverny à basse altitude en flammes et s'écrasa
quelques centaines de mètres plus loin. Les 7 jeunes aviateurs y laissèrent leur vie et
reposent au cimetière de Giverny. Le pilote avait 21 ans et ses compatriotes à peine plus.




60 ans plus tard, en septembre 2004, les démineurs dégagent
ce qui reste de l'avion à 6 mètres sous les chaumes.










14 bombes pour un total de 3,5 tonnes, dont 1,75 tonnes d'explosif (Tolite ou TNT).
Chaque bombe aurait pu faire des dégâts sur un rayon 800 mètres.


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LES COQUELICOTS DES AJOUX

A la fin du 20è siècle, une partie des Ajoux, jouxtant la station de pompage, était exploitée
par un G.A.E.C. qui faisait du maraîchage. Ces terres fertiles furent ensuite mises en
jachère. En 2002, plusieurs années sans herbicides ni autres toxiques ont aidé
la nature à nous offrir ce magnifique spectacle.




Les terres maraîchères non cultivées étaient devenues un tapis
de coquelicots, pour le plus grand plaisir des yeux.
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