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LE MARAIS COMMUNAL

LE MARAIS COMMUNAL

Album GIVERNY AUTREFOIS


Texte d'André Buffet
Photographie et mise en page de Jean-Michel Peers
Cartes postales de la Terra Foundation for American Art et
de Jocelyne Legendre "Vernon et sa Région"
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Ces prairies en bordure de l'Epte sont, en fait, une zone inondable de Giverny appelée "le Marais".
Par temps sec, ce sont de belles prairies que la commune loue, notamment aux éleveurs de bovins.





L'hiver 1890-1891 est très dur.
La Seine déborde et les eaux immobiles entre Epte et Seine gèlent. Pour l'anecdote,
Jean-Pierre Hoschedé et Michel Monet font du patin sur le marais. Comme celui-ci
est loué aux éleveurs pour leur bétail, ceux-ci en profitent pour leur demander une
redevance pour continuer leur sport hivernal...on ne connaît pas la suite...

Au loin, à gauche, on aperçoit la barrière de l'entrée du marais.
Certes le marais permet les hivers rigoureux de chausser les patins, et fait la joie des enfants.
C'est à partir du printemps, si les inondations ne l'ont pas envahi, que le marais présente un
intérêt pour les cultivateurs, éleveurs et quelques professions un peu particulières. Ainsi,
pour augmenter ses revenus et faire face aux dépenses qui pèsent sur elle, la commune
donne la concession des terrains communaux du Marais, du Voyer, de la Pierre aux Malades.

Ci-dessous, les vaches qui paissent sur l'herbe grasse du marais sont conduites pour la traite
non loin de la barrière d'entrée. Le "bon lait de Giverny" ira sans doute à l'autre bout du village
chez Edmond Picard (le laitier) pour sa distribution. (détail de carte postale de 1908)



Sur cette carte postale des éditions Lavergne, on voit une ramasseuse de fagots dans le Marais.







Toujours pour augmenter les revenus de la commune, on ajoute au ramassage de fagots
la pêche aux sangsues, qui est mise en adjudication. Pour bien rentabiliser le marais,
on interdit la pêche sauvage. Il en va de même pour le ramassage des bouses.
Seulement ces pseudo-professionels créent des soucis à la municipalité quand,
une année d'inondation tardive, ils réclament de concert une indemnité,
estimant que leurs récoltes n'ont pas couvert les frais engagés.



Une singulière affaire oppose Claude Monet à la décision du conseil municipal fin du printemps 1895.
Sous la houlette de son maire, monsieur Durdant, le conseil municipal accepte de vendre le marais
communal à monsieur Rayer, mandaté par la société Rémy, pour y construire une amidonnerie.
Monet s'élève rapidement contre cette décision. Le temps presse; il écrit au Préfet, au sous-Préfet
de l'Eure. Sa protestation s'accompagne de menace de déménagement, de perspective
d'effondrement de l'activité du village par la fermeture de l'hôtel devenu prospère,
de la hausse du coût des terrains et des locations.En un premier temps,
Claude Monet offre d'acheter 31.000 frs les 22 ha. Le maire refuse.
Claude Monet propose alors une donation de 4.000 frs sous
réserve de ne pas vendre. Le promoteur de l'usine
monte son offre à 34.000 frs.


Un acquéreur propose « une rente annuelle de 900 francs l'an en trois pour cent francs »
par l'intermédiaire de maître Verniettes, notaire à Gaillon. Proposition faite au conseil
municipal le 26 mars 1895 qui prend une délibération pour le moins grotesque:
« En ce qui concerne la réclamation faite par monsieur Monet, nous ne pouvons l'accepter,
attendu qu'elle est personnelle, car dans le cas d'une création d'une usine, nous n'y voyons
que la prospérité de l'agriculture, »
…...pouquoi pas!...... « et le bien-être du pays .»

Monsieur le Préfet, qui a si bien secouru Monet lorsqu'il a souhaité détourner le ru, considère que
l'offre du peintre de verser 5500 francs pour assainir le marais, à condition que la commune
s'engage à ne pas le vendre pendant 15 ans, est une solution satisfaisante.
Quand le conseil municipal se réunit le 22 novembre 1895 pour délibérer sur l'acte de donation de
monsieur Monet, le maire n'a pas la majorité, et le conseil accepte l'offre.
Pour marquer son désaccord, monsieur Durdant écrit d'une main rageuse sur le livre des délibérations:
« Note. Le Maire de Giverny a refusé d'accepter les 5500 francs de monsieur Monet,
regardant la vente comme étant beaucoup plus avantageuse, l'avenir l'apprendra. Le Maire. »

Ensuite il est envisagé d'utiliser un éventuel reliquat de cette donation,
après satisfaction de son objet principal, pour la construction de cinq lavoirs à cinq places.

Dans les années 1900 il est procédé à une plantation de 250 peupliers
dans le marais, et à un labourage profond sur 5ha80.

« Le Républicain de Vernon » publie un article le 19 septembre 1947, relatant
qu'un industriel se propose de construire une usine de liège aggloméré.

Giverny connut d'autres projets d'aménagement en dehors du marais.
Ainsi, un vaste projet de "bétonneur" dépourvu de sentiments bucoliques, faillit naître sous la
Roullière et sur les Vignettes, avec la construction d'une myriade de magnifiques pavillons.
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Elisa 03-Dec-2012 07:50
Merci infiniment pour cette rubrique ! Qu'y a t'il de nouveau ? L'attrait du profit perdure en tout cas :0) Belle continuation et merci encore Jean Michel et tous les contributeurs bien sûr !
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