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Jean M. Ollivier | all galleries >> Climbing and skiing in Pyrenees in the '30s >> Quelques figures des années '30 > L'équipe de la troisième ascension du Couloir de Gaube
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16 Juillet 1933

L'équipe de la troisième ascension du Couloir de Gaube

De gauche à droite : R. Ollivier, F. Cazalet, H. Lamathe, J. Senmartin
Il ne manque que H. Le Breton pour que soit reconstituée l'équipe qui fonda le GPHM, cinq jours auparavant, le 11 Juillet 1933, à Lourdes.
Episode raconté par Robert Ollivier à l'occasion du trentième
anniversaire de la fondation de ce groupe.

Comment fut fondé il y a trente ans le G. P. H. M.
(Groupe Pyrénéiste de Haute Montagne)
par Robert Ollivier

Le 11 juillet 1933, au matin, Francois Cazalet et moi attendions, en gare de Lourdes, Henry Le Breton, qui accomplissait alors son service militaire et venait en permission.
François ne connaissait Le Breton que par les polémiques qui nous avaient opposés à lui deux ans plus tôt. Je le connaissais mieux : nous avions scellé, tous deux, notre réconciliation l'année précédente - c'était moi, alors, le soldat en permission - sur la Crète du Diable, en compagnie de Bernard Sanchette.
Quand descendit du train un fringant officier de réserve, je reconnus tout juste, sous l'uniforme, Henry Le Breton. Deux autres personnages surgirent près de nous pour serrer la main du voyageur : Henri Lamathe el Jean Senmartin. Nous ne les connaissions que de réputation. C'étaient les compagnons de Le Breton à la Nord-Occidentale du Balaïtous et la cordée de pointe de la région lourdaise. Sans le savoir encore, mais ils n'allaient pas tarder à l'apprendre, les cinq fondateurs du G.P.H.M. étaient réunis et ce premier contact fut très sympathique.
Nous étions encore sur le quai de la gare, que déjà les deux lourdais, avec un sourire gentiment ironique, interviewaient les deux palois :

- Dites donc, tous les deux, qu'est-ce que vous mijotez ? Nous venons de voir une voiture remplie de cordes, de marteaux et de ferraille. Que voulez-vous faire de tout ça ?
François et moi, embarrassés, échangeons un coup d'oeil méfiant et nous rétorquons :
- Secret professionnel !
Les lourdais, toujours souriants, n'insistent pas. Nous nous retrouvons, tous les cinq, autour d'une table, dans un restaurant.
- Que devient la question du GPHM. demanda tout à coup Lamathe à Le Breton ?
- Eh bien, nous pourrions peut-être, la régler tous ensemble.
C'est le moment ou jamais, dis-je.
Cazalet n'avait pas l'air très emballé. Il aimait juger son monde sur un autre terrain… qu'une table de restaurant. Mais moi, je connaissais Le Breton et Cazalet. Le Breton connaissait Lamathe et Senmartin. Aucun des trois n'avait vu Cazalet à l'œuvre et un seul d'entre eux m'avait vu, moi, en montagne. Tout reposait sur la confiance entre Le Breton et moi, qui avions fait cordée ensemble et qui pouvions nous porter garants de nos compagnons. Les futures conditions d'admission au GPHM, fondées sur la qualité du parrainage et sur la loyauté des parrains et des candidats, étaient ainsi soumises à leur première épreuve.

Le Breton et moi jugeâmes que nous pouvions nous faire confiance à nous-mêmes et faire confiance à nos amis. Et notre réunion devint une Assemblée Constitutive. Le Breton, juriste dis-tingué, fut chargé d'établir un projet de statuts. Lamathe fut nommé secrétaire - trésorier. Et le premier Comité Directeur fut composé de Lamathe, Senmartin, Cazalet et moi. Le Breton, estimant que son service militaire le tenait trop éloigné des Pyrénées, se contenta du titre de membre actif. C'est ainsi que le 11 juillet 1933, fut fondé à Lourdes, le Groupe Pyrénéiste de Haute Montagne, destiné à grouper les meilleurs grimpeurs des Pyrénées, à faciliter la formation de fortes cordées et à promouvoir ainsi le pyrénéisme au rang de l'alpinisme national, puis international.
L'idée, bien entendu, n'avait pas germé spontanément autour d'une table de restaurant. François et moi d'un côté, Le Breton, Lamathe et Senmartin de l'autre, sans nous consulter, avions songé, depuis deux à trois ans, à créer un groupe académique de ce genre. Sur les Aiguilles de la Crête du Diable, en 1932, Le Breton et moi en avions discuté ensemble. Nous avions estimé, de part et d'autre, que le Groupe des Jeunes (GDJ) de Toulouse, auquel appartenait d'ailleurs Le Breton, l,amathe et Senmartin, avait des buts différents et que, tout en ayant accompli une oeuvre très utile, il n'avait pas réussi « à défendre suffisamment la réputation des Pyrénées dans le monde de l'alpinisme » et à «normaliser» l'escalade dans les Pyrénées.
Il est maintenant difficile (en 1963, quand ce texte a été écrit - ndlr) d'imaginer qu'à ce moment-là, tout pyrénéen qui s'aventurait hors des voies normales, était considéré, à peu près, comme un candidat au suicide. Les grimpeurs étaient isolés, trouvaient difficilement des camarades et, quand ils en trouvaient, ne savaient pas, bien souvent, quelle était la valeur technique du compagnon de rencontre. Certes, le GDJ avait accompli un effort méritoire et avait fait progresser le pyrénéisme. Mais il demeurait trop localisé et la personnalité de son chef, Jean Arlaud, était si grande, qu'elle encourageait trop peu les initiatives individuelles. Arlaud ne souffrait guère les concurrents et un malencontreux article, qu'il écrivit précisément contre Le Breton, Lamathe et Senmartin, trop indépendants à son gré et qu'il traitait de "derniers-nés de nos grimpeurs", précipita le mouvement et fit surgir, tout armé, le GPHM du néant.
Mais revenons à notre assemblée constitutive de Lourdes. Entre la poire et le fromage, selon la tradition, l'affaire était conclue. Restait à passer aux actes. Nous le fîmes sur le champ.
- Alors cette ferraille dans la voiture, c'est pour quoi faire ? redemanda Senmartin
- Et qu'est-ce que nous allons faire ensemble demain ? demanda Le Breton.
Il faut abattre les cartes, ou alors, le groupe qui vient de naître est mort-né.
- Où allons-nous ? …. Au couloir de Gaube.
Silence pendant trente secondes.
Puis Lamathe, doucement :
- Nous voulons y aller au 15 Août, Jean et moi.
Nouveau silence.
- Trop tard, dit Cazalet, promoteur de l'entreprise, qui avait peur, non sans raison, de concurrents éventuels.
Après avoir consulté Cazalet du regard :
- Vous n'êtes pas libres maintenant ? demandai-je.
Troisième silence.
- C'est très chic de votre part, dirent ensemble les deux lourdais. Puis :
- Non, pas maintenant, dit Lamathe ; mais pourquoi pas au 14 Juillet ?
- C'est à voir, dit Senmartin.
- En attendant, dit Le Breton, j'ai un projet à Gavarnie pour tout de suite.
François et moi hésitons un instant :
- Que veux-tu faire à Gavarnie, Le Breton ?
- La face Sud du Bazillac. Arlaud l'a loupée ; excellente occasion d'y aller. Nous partons ce soir à Gavarnie, nous faisons la course demain. Après, vous allez tous les quatre au Couloir. Moi, je suis obligé de repartir demain soir.
- François et moi hésitons encore ; nous regrettons l'assaut immédiat du couloir, peut-être avons-nous une intuition fâcheuse ? Tout de même, nous venons de fonder un groupe. Il faut avoir l'esprit d'équipe.
- D'accord, dit François
- D'accord, dis-je.
Le lendemain, la face sud du Bazillac tombait en deux heures. Le 15 juillet, le Couloir de Gaube, comme l'écrivit assez drôlement Le Breton dans un article sur la fondation du GPHM "ne résista pas à l'assaut du Comité Directeur et c'était la fin d'une vieille légende".
Mais, entre temps, le 13 juillet, jour de battement entre notre course avec Le Breton et la course projetée avec Lamathe et Senmartin, la seconde ascension du Couloir de Gaube, 44 ans après la première, avait été réussie à notre insu par un trio de palois, qui soupçonnaient notre projet, avaient eu vent de notre rencontre avec Le Breton et ne voulaient pas qu'un ou plusieurs grimpeurs étrangers à Pau fussent mêlés à l'opération. C'est ainsi que fut payé le prix de l'esprit d'équipe et de la fondation du GPHM. Mais c'est également ainsi que furent cimentées solidement les bases de l'édifice, vieux maintenant (1963) de trente années, qui réunit toujours les meilleurs grimpeurs des Pyrénées.


Robert Ollivier - Altitude n° 38, Novembre 1963





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