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La Ferme de la Côte et le Clos Morin

La Ferme de la Côte et le Clos Morin

Album GIVERNY AUTREFOIS


Texte d'André Buffet
Photographie, mise en page et texte de Jean-Michel Peers
Cartes postales de la Terra Foundation for American Art,
excepté cartes 1, 4 et 5 de Roland Sorin,
et carte 2, de Claude Landais.
Photo de Jean-Jacques Ledoyen, de la famille Baudy-Perdrix.
Pastel de Claude Monet, source Christies
Famille Lansival (extrait de "Ma jeunesse à Giverny", par Albert Pillon)
Le Clos Morin, avec la participation de François Suzé
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Adossée à flanc de coteau, la ferme domine le village. Elle est juste au dessus du Clos Morin.
Cette ferme très bien située entre le coteau calcaire et la riche plaine alluviale des Ajoux
est l'une des demeures les plus anciennes de Giverny. C'est aussi devenu, avec le
temps, une des fermes les plus confortables du village.
L'ensemble des bâtiments figure au cadastre de 1836.




L'EXTERIEUR

La plus ancienne carte postale de la ferme fut sans doute éditée vers 1910.
Par rapport au cadastre, on note que la plus petite cour a été fermée par
des bâtiments en bordure de la rue de Haut, menant vers le plateau
(aujourd'hui, rue Blanche Hoschedé Monet). La façade de la maison
d'habitation, à droite du portail, est faite de matériaux bruts
(brique et pierre) non enduits, et on trouve une petite
ouverture, à hauteur de grenier, fermée par un volet.
L'escalier extérieur, s'il y en a, n'est pas visible.

Pour l'anecdote, notons que l''imprimeur
avait inversé la plaque photographique lorsqu'il inséra
la légende : la ferme était dans le mauvais sens !




Les cartes suivantes montrent l'évolution de la ferme au cours des années.
Ci-dessous, on découvre une belle rangée de tilleuls à l'est et l'escalier
extérieur de la maison. Le toit est maintenant surmonté d'une cheminée.



Ici, on remarque quelques transformations. La façade a été élargie, si l'on
en juge par la pente de la toiture. Le portail a été replacé plus à gauche,
permettant l'ouverture d'une petite porte, et, sans doute, la création
d'un petit jardin d'agrément dans la cour, face à la maison. La ferme
du siècle dernier accédait ici au statut de résidence confortable.
La ferme de la Dîme connut la même évolution début 1900.




DERRIERE LES MURS

Une belle cour de ferme en longueur. Le grand portail blanc est
hors cadre, à gauche de l'allée de graviers en bas de l'image.



Une allée de tilleuls encadre le chemin vers ce qui devait être le jardin potager.




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Un des régisseurs de la ferme de la Côte fut Jean-Jacques Ledoyen, père d'Angelina Baudy.
Lorsque les premiers peintres américains arrivèrent chez Baudy en 1886, la ferme de
la Côte devint un de leurs lieux d'hébergement, car Angelina manquait de place
pour recevoir cet afflux de peintres tombés amoureux de Giverny.


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On sait peu sur la ferme, mais un peu plus sur son propriétaire, le Comte Jacques de la Lombardière,
contemporain de Claude Monet. En 1913, le propriétaire envisagea de faire élaguer ses peupliers,
ce qui contraria beaucoup l'artiste et fit l'objet d'un échange de courrier entre Claude Monet,
Maître Baudrez, son notaire, et Achile Delaplace, l'instituteur du village. Cette
correspondance se trouve sur la page dédiée à l'instituteur.
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Nos recherches sur la Ferme de la Côte et son propriétaire nous ont amené
à découvrir ce PASTEL DE CLAUDE MONET.



Ferme normande sous les arbres

Ce pastel appartenait à l'origine à Monsieur de la Lombardière, qui le tenait
directement de l'artiste. Nous le retrouvons en salle des ventes chez
Christies (vente du 9 mai 2000 à New-York, pastel sur
papier bleu, dimension 32.4 x 22.5 cm. Illustré dans le Catalogue
Raisonné de D. Wildenstein, Lausanne, 1991, vol. V, p. 168, no. P74.

Etait-ce un cadeau du peintre pour remercier le propriétaire des peupliers d'avoir, le cas
échéant, retardé l'élagage de ceux-ci ou un achat? Etait-ce une partie ombragée de
la ferme de la Côte, un lieu du village ou ailleurs en Normandie?
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La famille Lansival

Monsieur Lansival était le fermier avant la Deuxième Guerre Mondiale.
Albert Pillon en fait mention dans son livre de souvenirs. La ferme
et la maison Pillon étaient à deux pas l'une de l'autre.

"Nous nous retrouvions souvent à la Ferme de la Côte pour jouer avec Jacques Lansival qui avait
environ un an de plus que moi. Il y avait là de nombreux bâtiments et avec les cinq fils et une fille,
la maison regorgeait d’activités. La ferme était la propriété d’un Monsieur De La Lombardière
qui ne venait que très rarement. Le père Lansival, un gros et grand bonhomme aux cheveux roux
et à la voix forte, régnait en maître sur ce domaine. Nous nous tenions loin de lui.

Par contre Madame Lansival était une dame douce et gentille. Elle nous faisait d’excellents goûters
au miel parce qu’il y avait là plusieurs ruches. Le miel était conservé dans des grands pots
en grès et elle nous laissait y plonger notre cuillère, ravie de nous voir heureux et repus.
"Cela est bon pour guérir le rhume", nous disait-elle, parce que nous avions toujours
la goutte au nez tout au long de l’hiver, sans doute grâce aux culottes courtes
que nous portions malgré le froid et l’humidité de ce coin du pays."


1940
Jacques Lansival fut sans doute la première victime givernoise du début de la guerre.
Arrivant de l'est par la rue Claude Monet, un long convoi de camions tirant des canons,
avec des chenillettes, se dirige vers Vernon. Pour mieux voir le convoi depuis la rue
d'en haut, le jeune Lansival se juche sur sa bicyclette, et s'agrippe à un poteau.
Hélas, il perd l'équilibre et tombe sur la route à l'arrivée d'une chenillette.
Il est tué sur le coup.
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LE CLOS MORIN

Juste sous cette belle Ferme de la Côte, le Clos Morin,
vaste terre au milieu du village, est ensemencé de céréales.



Chaque année la moisson est un grand moment de l'année pour un agriculteur.
Elle est le fruit de son travail et l'assurance de sa prospérité. Les céréales sont coupées à la
faux. Assemblées en gerbes, les tiges porteuses d'épis sont liées et regroupées en dizeaux (dix
gerbes par tas monté en pyramide). Exposées au soleil, les tiges encore vertes sèchent. Lorsque
le nombre de dizeaux est suffisant, les cultivateurs les rassemblent et dressent la meule.

Les gerbes sont orientées épis vers l'intérieur, afin de protéger le précieux grain de l'humidité.
Pour améliorer le séchage, une cheminée est aménagée au centre permettant à l'air de circuler à
l'intérieur de l'édifice. Le ruissellement est minoré en augmentant le diamètre de la meule au
fur et à mesure que les dizeaux s'empilent. Au niveau convenu le toit est formé, et couvert de
paille de seigle. La meule est ainsi mise à l'abri des intempéries. Une coutume ancestrale
consiste à planter en son sommet un bouquet de fleurs des champs garni de rubans, lié de
foin sur un bâton. Le « bouquet final » placé au faîte de la meule est une sympathique
tradition, connue dans divers métiers: charpente en particulier. Il est signe de
fête et de satisfaction du travail accompli. Lorsque le grain aura séché,
l'ouvrage sera démonté en vue du battage.


(photo confiée par Mr et Mme Jean-Paul Vauvelle)



De nombreuses cartes postales mettent en situation des activités agricoles où figurent des
givernois. Mais la prise de vue se fait souvent en plan large, comme ci-dessus.
Le manque de définition rend souvent difficile l'identification des personnes.
Ce n'est qu'en comparant avec des photos de famille que l'on retrouve parfois
les grands-parents et arrière-grands-parents de givernois d'aujourd'hui.
C'est le cas ici sur cette carte postale du clos Morin, avec la mairie
sur la gauche. Debout sur la meule à demi montée, on devine
Eugène Suzé, propriétaire de la ferme de Falaise.



Nous le retrouvons ici lors d'une réunion de famille à l'occasion de la fête
de Pâques en 1946. C'est bien Eugène Suzé, avec quelques années de plus.
Voir aussi l'Album des familles givernoises.


(photo famille Suzé)
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