Au bon plaisir de Mahaut
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Après des années passées sur nos vélos (sans dérailleurs, sans freins et sans lumière !) pour gagner nos terrains de jeu favoris, nous avons pu enfin bénéficier des services de Mahaut fier destrier à moteur, auquel nous avons dédié les strophes suivantes :
Ode à Mahaut
Plus vite que l'obus sur son orbe de feu
Mahaut jaillit de Pau, coursier fabuleux,
Miaulant par tous ses pores, secouant les maisons,
Elle fige le bourgeois dans ses plumes d'oisons.
Et, le souffle bloqué, la carcasse tremblante,
Il est alors la proie d'une peur délirante.
C'est ainsi qu'il connaît l'angoisse animale
Causée par les grands monstres aux tribus ancestrales.
Sautant à moitié nu de son lit entr'ouvert
Il y rampe dessous, le nez dans la poussière.
Et il finit la nuit, hocquetant de frayeur
L'œil hagard, le cœur fou, mort de froid et de peur.
Pénétrant dans la nuit comme un rayon de Lune
Nous forçons les espaces et disséquons la brume.
A cheval sur Mahaut nous jouons les éclairs
Et le fier destrier nous énivre de l'air
De la grande conquête toujours renouvelée
Des belles aventures sur son vieux dos pelé.
Le fauve se cabre sous l'accélération
Et il réclame alors toute notre attention.
La Mahaut se saoule en être primitif
De puissant carburant hautement explosif.
Elle frémit d'énergie et se lance au galop
Sur la route connue de la vallée d'Ossau.
Elle transperce les bourgs et coupe les virages,
Glapissant de fureur elle dispense sa rage
Aux pays alentours, et, rasant les passants,
Elle leur roussit le cuir de son souffle brûlant.
Piaffante et rugissante, cratère d'étincelles,
Elle lance un hurlement qui n'a rien de charnel.
Et lorsque l'habitant capte les grondements
Du terrible coursier lançant son hurlement
Dans l'instant qui suivra il ne pourra rien voir
Qu'une traînée de feu déchirant un fond noir
Crachée par les entrailles d'un météore affreux
Traversant l'aube pâle d'un beau matin brumeux.
Et c'est peut-être ainsi qu'à notre pauvre Jules
Ses oreilles étonnées et ses yeux incrédules
Lui auront fait entendre et lui auront montré
Malgré l'affolement de ses sens démontés,
Le terrifiant engin de l'homme de demain,
Narguant le villageois, l'écrasant de dédain.
Gloire à toi ô Mahaut, animal bien aimé,
Repose ton grand corps tu l'as bien mérité,
Fais panser tes blessures après le grand combat
Moque-toi des humains qui ont le cœur si bas,
Dors en paix maintenant et attends le moment
Qui est enfin venu de ton embaumement.
JMO - 1961