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Ruptures aqueuses (Brésil)





Ruptures aqueuses

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Río

Le Brésil déchire ses côtes de sucre,
Devant l'insistance transgressive de l'océan.
Opposition salée.
Côtes favela,
Des forces bétonnées s'y opposent avec ferveur,
Verticales érectiles.

Nous entrons dans la chaleur utérine de Río de Janeiro.
Pour un transit moite d'une heure,
Sans samba.
Le Pain de Sucre a depuis longtemps
Lancé son Christ en équerre, éclaireur céleste,
Balise pour notre 747 égaré dans son retard.
Il étend son bras dans la direction de la piste d'accueil.
Alentour, de petits acolytes mamelonnés
Serpentent sur le bord du rivage.
Les seins de mer se dressent,
Capteurs solaires précoces.
Lever du jour,
Peut-être que, déjà,
Des épidermes Cariocas, au goût de la baie,
Essaiment sur Copacabana,
De leur nudité sablonneuse.
Sex, sea & sun.

Les plus brésiliennes de nos compagnes
Nous quittent ici,
Un sourire dans le regard.

L'orgasme terminal viendra de la mer...
La mégalopole l'attend de toute la ferveur de son Carnaval.

Envol,
Extraction à ce sol de délire.
Retrouvons la pudeur des stratus.

Brasil, hôtel Colonial

Le condor virtuel
Se sent pousser quelques traînées de couleur,
Acquiert des vertus verbales,
De l'élégance également : prénommons-le Ara.

Quatre étoiles pour vingt-cinq dollars par jour,
Combien en Cruzeiros ?
Et une chambre moite mais climatisée.
Le téléviseur, journellement,
Divulgue des secrets de samba tournoyante.
Shorts, ballon au pied,
Qu'arrêtent parfois des filets
Tremblant de liesse populaire.
Championnat de Río,
Championnat de São Paulo :
Le foot reste bien ancré et spectaculaire.

Le buffet se déploie à gogo,
La cuvée Château Duvallier sonne le velouté de ses flots.
Et l'estomac lesté,
Nous arborons presque des statures locales :
Repus et fainéants.

Le bassin turquoise de la piscine
Est une pataugeoire adipeuse ;
Les Brésiliens se dérouillent les replis ventraux
Dans la Javel fraîche.
Pascal M. s'ouvre une fenêtre d'onde et papillonne.

Apocalypse now

Ciel lourd, sans éclat.
La jungle a tiré son rideau d'émeraude.
Ciel lourd, sans éclat.
La faune s'est voilé les yeux d'une prémonition d'angoisse
Regagne les profondeurs moites, insondables.
Aras et toucans ont replié leurs couleurs.

A quelques encablures, les symphonies aqueuses...

Les Ray Ban des pilotes masquent leurs yeux cupides. Attente.
Silence lugubre.
Ils ont embarqué ;
Arme au poing, regards affûtés.
Contact, rotor, vrombissement d'enfer.
L'air se déchire.
Arrachement, musique de Wagner,
La symphonie aqueuse s'évanouit.
Le tonnerre mécanique gronde ;
Les escadrilles fondent sur la gorge.
Diables d'acier,
Parés pour l'affrontement.
Soudain, le Napalm autofocus illumine les cellules qui captent.
La détente se presse.
Précision du cadrage, cible atteinte.
La pellicule avance d'un cran
Et le phénomène recommence,
Cinq à sept minutes durant.

Les chutes d'Iguaçú sont une des merveilles du monde.
L'hélicoptère annule cet effet,
Et me fatigue...

Dérapage Floriano

Floriano.

Au pied de cette cataracte majeure,
J'étends les bras à l'horizontale.
Miracle de la nature.
Métamorphoses,
Ailes bleu fluorescent,
Morpho cypris bleu.
Battement dans l'humidité saturée.

Je suis le papillon suicide,
Aspiré par le souffle des déferlantes.

Chevauchons l'arc-en-ciel irisé,
Qui nous guide vers les profondeurs du site spumescent.
Sensations extatiques.
Aspiration des chutes.
La chute est sans fin, sans fond.
Les poissons d'argent consomment mon être,
Picorent mes chairs :
Dorado, mangaruyu, surubi.
Fracas de mon corps englouti,
Des fragments microscopiques évoluant en tous sens.

La voix caverneuse d'Alvar Nuñez Cabeza de Vaca résonne :
"Santa María..." ; découverte.
Puis, tout devient ineffable, bouche bée.

J'habite le cœur du réseau hydraulique,
Je joue avec l'essaim des cataractes,
Roulant,
Tournoyant,
Dans le délire enivrant des parfums d'encens.
Mes pensées dérivent dans le perpétuel nuage de vapeur
De ma complice d'écume : Floriano.

Le chant des pierres

Il est le plus grand du monde,
Béton culturiste du barrage.
Sa force retient plus de cent kilomètres de longueurs lacustres.
Sa digue folâtre sur huit kilomètres.
Son chant de lumière est répercuté,
Tout au long du Paraguay,
Dans tout le sud du Brésil.
Il anime São Paulo et ses consœurs citadines.
Les turbines sifflent en silence,
Balancent 12.600.000 kW/h,
Qui dansent par-dessus la nature.
De 1975 à 1982,
La construction est une symphonie de mortier, d'acier ;
Eléments détournés, domptés, dominés.
Un réseau sous tension
Pilote les électrons fous.
Carnaval électrique à Itaïpú,
Les roches participent.

Nous ne participons pas,
La visite est écourtée, rendue à une minceur ridicule.
Les entrailles de l'ouvrage nous seront refusées.
273 mètres de béton brut
Nous refoulent diplomatiquement.
Il fallait réserver par fax.

Le Brésil et le Paraguay convolent
En noces d'énergie ;
Compteurs électriques joints,
Les eaux du Paraña pour témoin.

La roche a chanté des kilowatts.

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©Christian Girault, tous droits réservés
Argentine - Brésil 1994
Argentine - Brésil 1994
Les textes sont extraits des chapitres 1 et 5 de "Sur les ailes du condor"
Les textes sont extraits des chapitres 1 et 5 de "Sur les ailes du condor"