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Retour de chutes (Zimbabwe)





Retour de chutes

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Présumé découvreur

« Le soleil matinal dore ces colonnes de vapeur du somptueux éclat d'un double ou triple arc-en-ciel. Le soleil vespéral, luisant dans un ciel jaune, leur confère des teintes sulfureuses créant l'illusion que le gouffre béant s'ouvre sur une fosse sans fond. Aucun oiseau ne chante ni ne bâtit son nid dans cette forêt aux averses perpétuelles...

Le soleil, si puissant partout ailleurs dans ce pays, ne pénètre jamais la profonde obscurité de cette ombre. En présence de l'étrange Mosi-oa-Tunya, nous sympathisons avec toutes les créatures qui, quand le monde était encore jeune, peuplaient la terre, l'air et la rivière en compagnie d'êtres n'ayant pas de forme mortelle. A quelle divinité pouvaient être consacrés cet abîme terrifiant et cette forêt obscure au-dessus desquels s'élève une colonne ininterrompue de nuages ?

Les anciens chefs Batoka allaient adorer cette divinité à Kazuruka, aujourd'hui Garden Island, et à Baoruka, île située plus à l'ouest mais également au bord des chutes. L'on peut sans peine imaginer que sous les colonnes de nuages, au pied des arcs-en-ciel éclatants, dans le rugissement perpétuel de la cataracte dont les eaux se déversent comme éternellement de la main du Tout-Puissant, leurs âmes devaient assurément s'emplir d'une crainte divine. » (David Livingstone)


David Livingstone,
Présumé découvreur,
Récite de 1840 à 1856,
Des explorations dans l'intérieur de l'Afrique australe.
Il est le premier au lac Ngami,
S'enivre de l'Okavango,
Flashe sur les chutes Victoria.

Au bout du voyage, rencontrer Stanley, je présume.

Là où le Zambèze défaille...

Shongwe,
Première appellation.
Puis Amanza Thunquayo,
«Eau montant en fumée» ;
Et encore Mosi-oa-Tunya,
La «fumée qui gronde».
Finalement Victoria Falls.
Tout ceci confère la majesté.

Les humeurs spumescentes du Zambèze,
Colériques,
Contiennent tous les souvenirs oppressés,
Toutes les entrailles éventrées,
Toute la violence de la culture australe.

Je suis sous l'emprise de la «fumée qui gronde».

Cataract View découvre de son contrebas
Une vue médiane des chutes principales,
Moins surplombante,
Plus incluse dans la grandeur des lieux.

Constantes depuis le début du périple,
Les pintades explorent des rebords de chutes,
Actrices inévitables.

En face, la Zambie,
La cité de Livingstone.
Là, le Zimbabwe.
Entre les deux, le pont s'étire, métallique et froid,
Il s'écartèle de frontières à 110 mètres du fleuve impétueux.
Il est le suicide yo-yo des adeptes du benji.
Rebonds de vie.
Gorge sinueuse d'indifférence.

Forêt moite et détrempée,
Tes humeurs ont nom ébène, figuier ou liane.
Présence parfois du guib harnaché et de quelques impalas.
Je m'inclus végétal, devient tropical.

Gouffre de 107 mètres de profondeur,
Résultant de Horseshie Falls, Rainbow Falls,
Armchair Falls et Eastern Cataract.
Flancs vertigineux et sombres basaltes.
A l'opposé, Danger Point :
Juste moi et le vide.

Nous avions rendez-vous...

La lune était pleine et féconde,
Parfait miroir de son amant solaire.
L'acte était mûri depuis vingt-huit jours.

Moite après l'orage torride,
Le sexe de l'Afrique,
Gorge profonde,
Occulte le rendez-vous lunaire
De ses ébats d'écume.

Funny rocks

De micros rochers émergent.
Ils ont acquis deux petites oreilles rondes.
Les yeux de pierre mouillent au ras de l'eau.

Les hippos scrutent.

Funny rocks,
Amusement rocaille.

Grognement.
Plongeon.

Faune et flore après les ondées

L'aube a ressorti sa faune,
Et le canoë glisse sur sa nappe idylle.

Le jacana roux est une légèreté de rive.
Finesse extrême de ses pattes et de ses doigts ;
Stabilité dans les terrains les plus meubles.

Amants du fleuve,
Les arbres hirsutes de verdure,
Frisent le réseau complexe de leurs racines,
Au contact de l'eau.
En face, des îlots de joncs s'affublent des crocos caméléons.

Au loin, un banc de rochers
Est le site d'accueil d'une colonie éclatante.
Les aigrettes pullulent aux abords des chutes.

Cigognes noires, cormorans, libellules rouges et hippos
Complètent notre quête matinale.
Les embruns verticaux approchent.
Direction la terre ferme.

Les dieux ont planté les baobabs les racines en l'air.
Ils sont les repères du calao.
Les baobabs ont l'écorce grise ou rose,
Mâle ou femelle.
[…]
Le respect de ses 1.500 ans tolère.
Il est arbre renversé,
Car ses ancêtres, avaient gravement offensé les dieux.
Pour châtiment, on l'aurait déraciné
Et replanté les racines en l'air.

Ses fruits sont oblongs,
Symbole de fécondité.
Femmes Ndebele,
Arborez des seins de forme similaire.

Boat people

Briefing.
Les visages se tendent,
Quelques plaisanteries détendent.
Les rapides sont de niveaux 5 ;
Le niveau 6, c'est l'impossible.

Big Eddy, début des hostilités.
Univers sauvage,
Violence de la nature.

Le raft n'est qu'un ballot aléatoire.
Ce n'est que la furie qui le guide.
Le skipper noir n'est qu'une illusion qui rame.
Tassés et malaxés par les remous,
Les occupants subissent,
Hilares et rafraîchis.

Tout le monde s'agrippe aux filins latéraux,
Bouche et yeux démesurés.
Le rapide est rapide.
Eclatement.
Rien que des bulles où que l'on pose son regard.
Puis, on nage pour récupérer l'embarcation retournée.
Au suivant.

Le dieu de fleuve, Nyaminyami,
Est maître de cérémonie.

Echappatoire

Je me penche sur l'aplomb des cataractes.
Le vide est mon vecteur.
Abîme sans fond,
Propriétaire de mon existence.

Noyade,
Apnée.
Qu'importe.
La terre vit.

Fraternité des peuples

En Afrique, pour être populaire,
Il suffit d'arborer un T-shirt frappé d'une légende noire :
Par exemple Michael Jordan.
Short, baskets et chapeau de chasseur de crocodile pour compléter le look.
Je suis régulièrement interpellé dans les rues de Victoria Falls :
- Hey, Michael Jordan !
Un sourire, trois-quatre mots, tout est amitié.

Vic Falls, le lendemain.
Short, baskets, chapeau de chasseur de crocodile et T-shirt local :
- Hey, Michael Jordan !
Qui donc me reconnaît ?
Réflexion éclair :
- Hey, my friend, come here.
J'extirpe de mon sac à dos le précieux trophée poussiéreux :
Michael Jordan change d'épaules,
Habille d'un grand sourire rayonnant mon interlocuteur noir,
Visiblement stupéfait :
- It's for me ? Free ?

Il me quitte comblé.
Fraternité des peuples.

Chevauchée

Faïta est un grand sorcier de la nature.
Il nous mène dans une chevauchée fantastique.
Crisis, ma monture, a un nom qui me rappelle
Ma technique équestre balbutiante.

Phacochères, impalas,
Crocodiles, buffles seront au rendez-vous.

Serions-nous invisibles sur nos chevaux,
Ou est-ce l'odeur amicale de ces derniers ?
Aucune crainte, pas de fuite ;
La nature est proximale, tangible.

Regards curieux de tous les protagonistes,
Les humains en tête.

Vers Bulawayo

Ce matin, ce sont des savanes tempérées
Qui nous invitent au retour.
Elles sont doublées d'un ciel gris,
Tellement chargé d'émotion,
Qu'un rien peut le faire pleurer.
La fin langoureuse d'un voyage par exemple.

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©Christian Girault, tous droits réservés
Afrique du Sud - Namibie - Botswana - Zimbabwe 1996
Afrique du Sud - Namibie - Botswana - Zimbabwe 1996
Les textes sont extraits du chapitre 4 de "Réconciliation désert"
Les textes sont extraits du chapitre 4 de "Réconciliation désert"