photo sharing and upload picture albums photo forums search pictures popular photos photography help login
Christian Girault (French Kriss) | profile | all galleries >> Récits de voyages / Travelling stories >> Pérou, délire angulaire (Pérou) tree view | thumbnails | slideshow

Pérou, délire angulaire (Pérou)





Pérou, délire angulaire

  Retour galerie        Back to gallery

Naissance de Cuzco

Métal.
Feu.

Or.
Soleil.

Fusion.

Naissance de Cuzco.

Unicité

Or et soleil.
Unicité.

A Cuzco, pas de problème,
On paye en soleil.

Eclosion

Dualité de la société, dualité des mythes.

Paqariqtambo, grotte originelle.
Quatre frères, quatre sœurs épouses.
Titicaca, lac originel, cosmogonie.
Frère et sœur épouse.
Recherche de la vallée fertile.

Le plus jeune enfouit la verge d'or. Cap au nord, pourvu de la verge d'or.
Ici sera Cuzco.

Structures impériales des frères pétrifiés. Hanan, Urin.
Soumission des autochtones, civilisation.
Tahuantinsuyu, empire des quatre quartiers.


Barbarie.
Les Naupa Machu sont maîtres du monde.
Hommes sauvages, nus dans des cavernes.
Ils se nourrissent de racines, de plantes sauvages et… d'eux-mêmes.
Femmes mises en commun.

Soleil.
Ere nouvelle.
Brûlure de la pré-humanité.
Consécration de la civilisation.
Manco Cápac et Mama Ocllo en sont les émissaires.
« Là où la verge d'or s'enfoncera, surgira votre royaume.
Soumettez les gens
Avec raison, justice, piété, mansuétude et clémence.
En mon nom, vous serez les souverains de ce royaume. »


Centre nombril : Cuzco.
Nord : Hanan Cuzco (d'en haut) ---> labours, construction de canaux.
Sud  : Urin Cuzco (d'en bas) ---> filage, tissage, tâches domestiques.

En découle la hiérarchie inca.

Amours cuzquéniennes

« Cuzco, quien te vio ayer
Y te ve ahora,
Como no llora ? »


Tahuantinsuyu : les quatre directions de l'Empire Inca ;
Nord : Chinchasuyu,
Sud : Kollasuyu,
Ouest : Cuntisuyu,
Est : Antisuyu.
L'Empire est en place.
Il est :
- Le plus doux des despotismes,
- Empire socialiste,
- Ménagerie des hommes heureux.

Offrez le baiser et le don gestuel des cils
En salut à l'Inca.

Inca, médiateur des plans du monde.

Les Incas ont peuplé leur tête de tracés merveilleux ;
Ils sont les maîtres angulaires.
Ils biseautent les murs,
Déployant des parades sismiques.

Cuzco.
La «langue des hommes»
Préside à tous les dialogues.
Parlez le runa simi.

Les ceques délirent,
Tissent des liens entre les lieux sacrés.
Comment s'y retrouver ?
Elles s'égayent depuis Qoricancha, temple du Soleil,
Imposent le tracé des quatre chemins.
Elles dirigent l'orientation des sanctuaires et des temples,
A Cuzco,
Et dans toute la province.
Vénération.
Il faut veiller sur les ceques invisibles.
Elles sont la dualité de Cuzco.
Elles sont l'indispensable carroyage de l'Empire,
Sa stabilité.
Que l'étranger les viole,
Et tout s'écroule.

La mémoire court au ras du sol,
Solide, épaisse, mythique, ancrée.

L'allée de Loreto
Confine dans son étroitesse,
Tous les secrets et murmures des anciens palais incas.
La cour des serpents est une tentation charmeuse
Pour les acllahuasi,
Les femmes choisies ;
Huayna Cápac y réside.

Les Vierges du Soleil sont au service
Des moindres plaisirs de l'Inca
Pillez le peuple Chachas,
Ramenez-moi les filles les plus belles,
Les plus grandes,
Les plus blanches.

Arriva l'Espagnol ;
Enfermez les Vierges du Soleil
Dans la piété hispanique des nonnes à Santa Catalina.

Santa Clara déploie ses miroirs d'attirance au culte.
Les Indiens sont-ils dupes ?

Huacaypata.
Le Soleil va désigner le nouvel Inca
(Sans doute le fils du précédent).
Le rituel est complexe.
Désignation.
Apportez la litière d'or :
Sa nouvelle qualité divine
Lui ôte le contact avec le sol.

Plaza de Armas :
Aujourd'hui d'Espagne encore.
Comment redevenir Huacaypata ?
Hommage aux «victimes anonymes de l'invasion».

Femmes cuzquéniennes.
Folklore des rues contemporaines.
Chapeaux plats et colorés :
Il y a du soleil sur vos têtes.

Je foule d'un pas incrédule
Les allées de Qoricancha.
Abstraction des époques.
Jardin d'or,
Temple du Soleil.
Je voisine avec toutes les plantes,
Tous les animaux de la création,
Tous d'or.
M'accompagnent des murs et des portes,
Egalement d'or.
Les terrasses descendent boire
L'irrigation aubaine de la rivière Huatanay.
La lumière canalisée devient une complice dorée.
Les papillons d'or volettent encore dans ma tête.

Dualité

Le monde est dualité :
Ciel - Terre,
Haut - Bas,
Hanan - Urin.
Comment communiquer entre les deux ?
Le serpent éclair le peut.
L'arc-en-ciel drapeau le peut.
L'Inca le peut,
Car fils du Soleil,
Et sortant de terre.

L'organisation duelle se complète :
Hanan, Urin,
Les deux moitiés se doivent des obligations réciproques.
C'est valable pour l'élite,
C'est valable jusqu'à l'ayllu de base.

On s'autorise à penser, de nos jours,
Que les Incas gouvernaient à deux.
La légende et l'histoire retiennent les dominants ;
Incas 1 à 6 : Urin.
Inversion.
Incas 7 à 13 : Hanan.

Langage nodal

Quipus.
Ils sont les palliatifs de l'écriture.
Nœuds : quantités, nombre de zéro.
Forme : matières, objets.
Codes des couleurs pour les brins de corde noués :
- Jaune : or,
- Blanc : argent,
- Rouge : gens de guerre,
- …
Recensement sur les fils principaux :
- Premier fil : vieux de plus de soixante ans,
- Second fil : hommes mûrs de cinquante ans et plus,
- Troisième fil : quarantaine,
- …
- Nième fil : enfants au sein.
Le fil secondaire matérialise
Les exceptions aux règles,
Dénombre les veufs.

Le fonctionnaire préposé aux comptes nodaux
Est le quipucamayoc.
Il est le plus habile
Et son expérience prouve son honnêteté.

Les Espagnols traduisirent le système en comptes.

Qoricancha

Symétrie trapézoïdale.
Or.
Soleil.
Profusion.

Autour,
La lune,
Les étoiles,
Cuichu, l'arc-en-ciel, il est le symbole de Cuzco,
Illapa, le dieu de la foudre.

Lune, convolant en soupirs solaires,
Tes larmes d'argent essuient la sueur d'Inti.

Cérémonie.
Rayonnement des 41 ceques.
Les 328 huacas en sont les relais sacrés,
A travers tout l'Empire.

Le timu a frappé de sa mortelle précision.
Le lama blanc pleure son sang.
Il est le fluide de pureté.
Terre nourricière, la Pachamama s'est déjà servie,
Dallée en ce lieu sacré.
Sang et maïs, pour la galette royale.
La palla se prosterne devant le souverain,
Lui présente le met sacré.
La chicha, source de libation
Accompagne l'absorption.
Les rois défunts, momifiés,
Sont vivants aujourd'hui,
Parés de leurs attributs, de leurs bijoux au complet.
Ils trônent sur l'or de leur souvenir.
Présents,
Officiants.
Leur visage embrasse la ville.
Et le contact s'établit.

Les Vierges du Soleil sont le don total,
De permanente discrétion.

L'Inca préside.
La cape de laine de vigogne,
Pourvue de la capuche de chauve-souris,
Est complétée de massifs pendentifs d'or.
L'Inca est dieu ;
Il absorbe le disque solaire,
Orfèvre en la matière.

« Le soleil est un homme muni d'un masque de feu.
De ce masque, sortent des rayons.
Ces rayons font naître les semences et pousser les cultures. »


Fusion et naissance.
Nul ne peut regarder son fils.

Que tout l'or de Qoricancha m'appartienne,
Et je ne saurais qu'en faire,
Ne saurais s'il est richesse, décoration,
D'autres choses encore…

Ce que firent les Espagnols

Les palais dorés meurent lentement
Sous l'écrasement des églises.
Le poids libère encore aujourd'hui
Les sucs de leur âme.
Ceux-ci flottent, indiscernables, ou presque,
Par le lacis des rues…

A l'église Santo Domingo,
Les chiens de dieu emportent
Des flambeaux de haine entre leurs crocs.
Tremblez Quechuas,
Vous n'êtes pas désirables ;
Vos croyances seront rasées,
Par vous-mêmes d'ailleurs.
D'austères dominicains ont dressé les chiens,
Et font converger sur vous leurs meutes affamées,
Leurs crocs d'apocalypse.
Mort des hommes.
Mais les huacas bravent parfois les croix,
Déversant des déluges de colère
Sur les conquérants médusés.

Dans la pénombre de leur cellule,
Les moines dominicains,
Sculptent tranquillement les mêmes chiens,
Pour leurs bas-reliefs.
Ils ont inventé l'«incasition».

Les Spagniards épousent
Les constructions de leurs prédécesseurs.
Leurs places d'Armes s'implantent aux mêmes endroits que celles incas ;
Le temple du soleil est surmonté de l'église Santo Domingo ;
Le palais de Viracocha supporte la lourdeur de la cathédrale.

« Vous travaillerez gratuitement
En échange de notre protection et de l'évangélisation. »

Ainsi sévit l'encomienda.

Sacsayhuaman

Sacsayhuaman.
Le lieu comporte la citadelle mégalithique.
Mais aux jours d'aujourd'hui, 80% se sont envolés.
Elle servit de matière première pour les bâtisses coloniales de Cuzco.
Et le puma se défend,
Hérissant ses trois rangées de vingt-deux dents.

C'est Pachacutec qui décide de son érection.
Et le plan d'argile permet d'étudier
Les proportions de la tête du puma.

Sacsayhuaman lance ses trois tours
Comme des messagers célestes.
La fière stature abrite en son sein,
Tous les secrets des tunnels.
Elle réalise les connexion de l'ombre.

Autour,
Se décline toute l'ingénierie astrale
Le peuple précieux des observatoires et des temples.

Les eaux du grand bassin sont minutées.
Les astres sont des parcelles d'horloge.
La Croix du Sud communique, à une stèle d'intérêt particulier,
Les tensions axiales de la constellation.

En face, les affleurements de basaltes de Suchuma
Viennent offrir leurs découpes excavées
Comme matière à la construction future.

1560.
- Enlevez-moi ces pierres, elles serviront à l'édification de la cathédrale !
L'Espagnol annule la culture existante,
Pour y implanter les hésitations de la sienne.
Les conquérants raseront une grande partie de l'ensemble.
La cohérence des lieux, dérangeait leur psychisme d'Européens.

L'or s'est envolé.
De nos jours, la fête annuelle du solstice d'hiver
Redonne les teintes éclatantes de la vie à la rugosité du site.

Les blocs cognent dans ma tête béate de découvertes.
La science des polygones m'envahit.
Je suis prisonnier de leur jonction trop parfaite.
Mon cerveau devient zigzag, ligne de vie.
A ce prix, la compréhension procure quelques indices.
Je trouve un repos spirituel sur la grande esplanade jaunie.

Qenqo

Labyrinthe.
Ce site est un huaca.

Il est adoration du rocher de la nature,
Vierge.
Le puma, dieu de la guerre inca,
Est investi de mouture divine ;
Le temple s'agenouille à ses pieds,
En deux rangées géométriques.

Nos destins sont enfouis dans les entrailles
D'un réseau d'escaliers secrets.
Là où la pénombre est permanence.
Dans la salle du sacrifice.
Une vie s'envole sur l'autel.
Les zigzags sanguins
Sont les veines lithiques
Du retour à la terre du lama.
Nous sommes venus lire l'avenir dans son estomac.

Encastrée

Elle est encastrée au millimètre, même moins.
Elle est une petite célébrité de Cuzco,
Insondable, inaltérable, éternelle.
Comment a-t-on l'insérer ? Mystère…

La lame de rasoir s'y casse les dents ;
Nul ne peut réussir à l'immiscer.

Je l'ai touchée pour mon bonheur.

Et si les joints si parfaits, si lisses,
Nous laissaient en héritage
Le plus secret des langages :
Celui qui manque aux quipus.

Enlevez la pierre dodécagonale
Et Cuzco se meurt.

Tentatives d'oubli

C'était ancré dans la tradition orale :
« Les dieux arriveront par la mer… »
Ils sont venus,
Bardés de chevaux et de canons.
Comment savoir que leur culture n'est pas la nôtre ?

Atahuallpa souffre le garrot.
Il y a bien entendu rébellion, mais…

L'Empire résiste mal,
S'étiole,
Se rétracte en une enclave à Vilcabamba.
Le rideau de la jungle n'est qu'un abri temporaire.
Tupac Amuru est un prolongement exsangue à l'Empire ;
Il bataille avec courage
Dans son avenir réduit, obscurci.

L'insistance est coloniale.
L'Inca se rétracte encore.
La persistance est coloniale.
Voici le temps du dernier carré,
Et puis l'extinction.
Sonner la victoire finale.
1572.

Sombres sentiers

Mes pas me mènent aux abords l'église San Pedro,
Tracent des plans sur la rue de gauche ;
Les yeux scrutent la photo.

Un policier casqué me demande la raison de ma quête.
Puis il m'explique que là
C'est la gare pour Machu Picchu.
Il m'intime poliment de ne pas la dépasser.
Après, c'est le Pérou des risques, des périls.

Conseil en poche,
Je m'en retourne aux colorations pacifiques du marché.

Eternels regrets

A jamais,
Je regretterai de ne pas avoir connu
L'entrée dans Cuzco,
Avec pour uniques splendeurs,
Les constructions incas et leurs richesses.

Je ne suis pas
«Le renversement de l'ordre du monde».

Rêve de gosse

Tout petit déjà.
Années 1960.

Les chocolats Coop offrent des albums de lumière.
Chaque tablette contient une partie du puzzle.

De mes mains encore immatures,
Je colle l'image magique du Machu Picchu,
La plus belle.

Rendez-vous est pris.

Accès au site

Il y a de la fécondité dans l'air.
Des gorges humides,
Nous avons surgi en train.
Les montagnes nous dominant
Sont d'énormes mamelons,
Dressés en une prière à Inti.
Bain de soleil.

Empruntons la route en serpentin dite de la femme enceinte,
Cordon ombilical reliant le placenta d'Urubamba
A l'entrée embryonnaire de Machu Picchu.

Accouchement sur présentation du ticket bleu.

La cité perdue des Incas

Hiram Bingham,
Découvreur :
Il est américain archéologue,
Machette en main, il parcourt dans la forêt en 1911.
Il matérialise les chroniqueurs anciens.

Le forêt est impénétrable,
La jungle touffue.
Et ce rocher est d'un blanc sinistre.
Le Temple du Soleil
Abrite une source aux eaux noires.
Vitcos lâche quelques indices.

Hiram Bingham franchit le «berceau d'or».

Isolation.
Le Machu Picchu l'est.
Le site se referme autour de la gorge de Pongo Moenike.
Les grandes pluies enfantent une sorte de presqu'île.
Isolation.

Arrive le moment de la découverte :
Bingham retrouve le timu qui est son intrigue,
Qui allie le cuivre, l'étain et le bismuth.
Cet alliage est une surprise, inconnu jusqu'alors.

Hiram Bingham relata ainsi ses prespections :
« Juste en face de nous, sur le flanc nord de la vallée, se découpait une immense falaise granitique en à-pic à 2.000 pieds. A gauche, on voyait le piton solitaire d'Huayna Picchu, encadré de précipices qui paraissaient inaccessibles. De tous côtés se dressaient des falaises rocheuses et, derrière elles, les montagnes encapuchonnées de nuages et couvertes de neige, atteignaient des milliers de pieds au-dessus de nous. »

« A peine avions-nous quitté la cabane et contourné le petit promontoire que nous nous trouvâmes devant une vision inattendue, un vaste étagement de terrasses à rebord de pierre de belle facture - au nombre de cent peut-être, chacune de centaines de pieds de long et de dix pieds de haut. Elles avaient été récemment arrachées à la jungle environnante par les Indiens. »

« Et soudain, sans prévenir, le jeune garçon me montra, sous une énorme corniche en surplomb, une grotte magnifiquement habillée de la plus belle pierre de taille. C'était là, de toute évidence, un mausolée royal. Au sommet de cette étonnante corniche se dressait un édifice semi-circulaire avec une enceinte décrivant une courbe douce, qui ressemblait d'une manière frappante au célèbre temple du Soleil de Cuzco. C'était peut-être également un temple du Soleil. Il suivait le dessin naturel du rocher et y était assemblé par l'un des plus fin ouvrage de maçonnerie que j'aie jamais vu. »

« Je pouvais à peine en croire mes yeux en examinant les plus grands blocs des assises inférieures, estimant que chacun devait peser entre dix et quinze tonnes. Allait-on croire à ma découverte ? Fort heureusement - dans ce pays où la précision des informations concernant les choses vues ne constitue en aucune manière la qualité première des voyageurs -, j'avais un bon appareil et le soleil brillait. »

« Le temple principal est orienté au sud et commande une petite plaza ou cour. Sur le côté est de la place s'élevait une autre construction étrange, les ruines d'un temple orné de trois grandes fenêtres donnant sur le canyon côté soleil levant, qui est, comme l'autre temple, unique parmi toutes les ruines des Incas. Rien d'autre n'a été trouvé qui lui soit comparable en conception et en réalisation. Ses trois fenêtres remarquablement grandes, assurément trop grandes pour un usage ordinaire, ont été exécutée avec le plus grand soin. C'était là, sans aucun doute, un édifice cérémoniel d'une signification particulière. »

« On se souviendrait que Salcamayhua, le Péruvien qui rédigea en 1620 un mémoire sur les antiquités du Pérou, disait que le premier Inca, Manco le Grand, commanda « l'exécution, sur l'emplacement de sa naissance, de travaux consistant en un mur de moellons orné de trois fenêtres ». Etait-ce celui-ci que je venais de découvrir ? si la réponse était positive, c'était là non pas la capitale du dernier Inca, mais le lieu de naissance du premier d'entre eux. Il ne me vint pas à l'esprit que ce pouvait être les deux. Cette région pouvait tout à fait correspondre aux données de Tampu Tocco, le lieu de refuge du peuple civilisé qui fuyait devant les tribus barbares du Sud après la bataille de La Raya, emportant le corps de son roi Pachacutec qui avait été tué par une flèche. Il n'est pas invraisemblable que celui-ci ait été enterré dans la grotte habillée de pierre située sous le temple semi-circulaire. »


Symphonie de pierres.
L'opposition des édifices est à l'encontre de la nature verticale,
Les deux se propagent en harmonie.
Les chaos du terrain
Trouvent un mariage en exaltation
Avec l'architecture aux formes généreuses et naturelles.

Des escadrilles d'escaliers
Ont figé leurs ailes sur l'aplomb des murs.
Joueurs, certains dégoulinent
Autour des fontaines.
Irrigation lithique.

Les Vierges du Soleil, les Acllas,
S'élèvent au rang de favorites de l'astre.

Précision des deux miroirs à eau.
Soleil et Lune ;
Ils dirigent la fusion de l'éclipse,
Visible sur la Terre.

La suspension herbeuse des terrasses
Asservit la montagne aux hommes.
Amante féconde, elle déverse ses jardins florissants.

Le maïs est culture d'or.

Machu Picchu.
Fut-il un poste fortifié, un défenseur avancé de Cuzco ?
Abritait-il le couvent des Acllas ?
Décrivait-il l'ultime demeure d'un Inca déchu, Manco ?
Se juxtaposait-il à Vilcabamba ?
Etait-il d'autre signification encore ?
De trésor, il n'y en avait point.

Demeure l'énigme de l'assemblage des pierres de la perfection.

« C'est l'endroit où l'on attache le soleil. »
Les intihuatanas sont de grandes horloges de pierres,
Et peuvent toujours capturer Inti.
Ce sont les deux sièges de l'astre de feu :
L'un dédié au solstice d'été, l'autre à celui de l'hiver.
Le rituel d'hiver du prêtre
Renvoie le soleil le plus bas
Vers les sommets pour la nouvelle épopée céleste,
Il empêche sa fuite définitive ;
Attachement à la pierre.
Magie.

Le positionnement des neiges sommitales est importance :
A l'est, le Nevado Verónica,
Au sud, le Nevado Salcantay,
A l'ouest, le Nevado Pumasillo.
Pourquoi le site se justifie-il ici ?
La Croix du Sud pointe sur le Salcantay :
C'est le moment des pluies et de la fertilité.

L'intihuatana est le collecteur des forces vitales.
Celles de la terre, celles du ciel.
Au solstice d'hiver, elles sont captées depuis le Pumasillo au couchant,
Aux équinoxes, elles sont issues du Verónica au lever.

Le temple aux trois fenêtres
Est le balcon de toutes les fêtes et parades.

Le torrejón arrondi observe,
Et dicte des thèses astronomes.
Fenêtres :
- Trapèze d'Inti :
- Le rayon ordonne les plantations,
- Inti Raymi avec le faste inca de l'or et des plumes.
- Trapèze de la voie lactée :
- La lumière éclaire les yeux du lama céleste.
Rite sacrificiel.

Le mystère plane encore :
« Nous ne savons pas pourquoi il a été construit
Là où il se trouve,
Ni ce que le site signifiait,
Et nous ne le saurons probablement jamais. » (Manuel Chávez Ballón)

Machu Picchu,
Il est un symbole pour tous les peuples d'Amérique latine,
Il fut encensé dans la poésie de Pablo Neruda.

Et qu'en dit l'UNESCO ?
Serait-il la huitième merveille du monde ?
C'est possible.

Ollantaytambo

L'Urubamba s'écoule en vallée,
Les terrasses andenes ont affirmé leur fertilité,
Elles déclenchent la qualité du maïs.

L'Inca décide si les pierres
Doivent se placer toutes seules
Et édifier les murs, les terrasses de culture.
Ainsi, l'inexplicable perfection de l'agencement des pierres
Devient plus compréhensible.
Du maïs, il est le donateur.

Majesté des dix-sept terrasses.

Le début de l'année naît ici,
C'est le signal des récoltes :
Dans les vallées des solstices.
Jour de l'an.
Un clin de soleil perfore l'œil du lama,
Se mire dans la rivière Vilcanota,
Et étincelle en une pyramide opposée.

Le symétrie est un ordre qui promulgue le chiffre quatre.
Tahuantinsuyu : les quatre directions de l'empire inca.
Coca.
Piments rouges.
Pommes de terre.
Maïs.
Ce sont là les quatre ressources mythiques.
Hiérarchie des produits,
Hiérarchie de la terre :
Les récoltes s'opèrent dans des zones écologiques différentes.
Les angles des constructions sacrées,
Tous à quatre-vingt-dix degrés,
Rappellent et renforcent la symétrie.

A l'ouest des temples,
Le grand mur d'enceinte
Dresse son épée de pierre
Contre les assauts d'Eole.
Il est habité de chaleur solaire.
Il crée par son artifice.
Les faveurs bienvenues d'un microclimat.

Les grains de maïs sont de petits soleils,
Disponibles sur terre.

Quelques feuilles de coca
Callées entre le pouce et l'index,
Deux ou trois suffisent,
En éventail,
Kintu.
On souffle et on invoque les esprits de la montagne.
Les paysans rythment les récoltes.

Les greniers partent à l'assaut des montagnes,
Recherchent les zones sèches et hautes.
Voici l'inventaire que l'on peut faire aux entrepôts :
- Maïs,
- Chuna,
- Quinoa,
- Chaussures de laine,
- Couvertures,
- Feuilles de coca,
- Armes,
- Plumes irisées cérémoniales.
Les quipus, cordes nouées comptables, sont la mémoire du stockage.
Y sont consigné tout ce qui entre, tout ce qui sort.

Ollantaytambo,
Site confrère de Pisaq,
Est surveillance de la vallée de l'Urubamba.
Le feu des flèches érode encore les armures.
Les résistances furent farouches.

Photographe toujours, cadrons encore le bain de la jeune fille
A travers l'ensemble de trapèzes de son bâtiment.

Adoration du Christ noir

Les saints se sont lovés dans le baroque,
Sens déchirés.
Expressions exorbitées,
Espérances exacerbées.
La caresse de la peau humaine apaise.

Le prêtre révèle les croyances quotidiennes.
Il brandit l'hostie du Christ noir, la consomme.
Une faible assistance, il est sept heures du matin,
Absorbe le réconfort spirituel de ce frugal repas.

Deux gringos et une cinquantaine de Péruviens pour fidèles.

Christ de tous les tremblements ;
Il est la garantie contre les séismes.
Peau de lama, couronne d'or, rubis et saphir, ongles précieux aussi.

Toute la cathédrale murmure le message
De la pénombre de ses peintures.
Quelques ornements ponctuels dorés
Sont les bougies minuscules
Qui apportent une frêle lueur aux toiles :
C'est la caractéristique de l'école de Cuzco.
Jésus s'attable en cène,
Un porc guinéen pour agape, marque de culture locale.
Les arches imposent encore fièrement
Des souvenirs de Castille
A l'érosion temporelle.

Seule la petite chapelle est pleinement vivante,
Et diffuse de l'or à profusion.
La prière de feutre
Est un halo d'espoir pour la journée.
Embrassades rituelles,
Les gens se confient.
Ils réalisent la fusion de l'assemblée,
L'espace de quelques minutes ;
Avant de franchir à nouveau
La porte de toutes les tentations du vingtième siècle.

La messe est dite.
Non, une autre enchaîne.
Au même lieu,
Avec son cortège de fidèles renouvelés.

Il en est ainsi, à la cathédrale de Cuzco
Entre six heures et neuf heures,
Tous les jours.

Ligne de vie

Symbole.
Observons
Le
Signe
De
La
Vie.
Et
Vivons-
La
A
Angle
Droit.
Symbole.

  Retour galerie        Back to gallery

©Christian Girault, tous droits réservés
Pérou - Bolivie 1995
Pérou - Bolivie 1995
Les textes sont extraits du chapitre 4 de "Altiplaneur, toujours..."
Les textes sont extraits du chapitre 4 de "Altiplaneur, toujours..."