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Christian Girault (French Kriss) | profile | all galleries >> Récits de voyages / Travelling stories >> Emergence atlantique (Islande) tree view | thumbnails | slideshow

Emergence atlantique (Islande)




Emergence atlantique
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Emergence atlantique

Mer.
Ronde.
Femme.
Ile.
Les sirènes accouchent, marines.
L'avion a ouvert loin vers le nord une course occidentale.

Et nos yeux qui tentent de retenir l'horizon minuit du soleil.

Univers en désolation.
Armée de volcans,
Chevalier ombreux.
Ils ont couché leurs langues aux aspérités gutturales
Sur des océans en déchirement.
Volcans, ordonnateurs insulaires :
- Hekla,
- Katla,
- Krafla,
- Askja,
- …

Ile,
Entourée de la ceinture liquide de la terre.
Ile débridée.
Et des landes juvéniles qui grondent.

Des éléments bitumineux longent le vent en un tapis lamellaire.
Ils fixent le repos de nos ailes.
Les pneus geignent :
Keflavík.

Aux vents portuaires

Géométrie.
Couleurs.
Rudesse.
Même le squelette des drakkars s'y est gelé.
Reykjavík.

An 874.
Infernales fumées.
- Ce sont les dieux qui me portent sur les flots ;
   J'ai fui ma désapprobation d'avec le souverain norvégien.
Ingólfur Arnason jette à la mer les huit pieux,
Qui échouent en baie de Reykjavík.
Les dieux ont choisi le lieu,
La baie des fumées, Reykjavík.
Ils ont poussé les rondins à la côte, c'est la coutume :
Et les pieux fuient la vue d'Ingolfúr et il s'établit sur des rives plus orientales.
Les débris de bois ayant été retrouvé trois ans plus tard,
Il reviendra s'établir sur le site futur de Reykjavík.

An 1999.
Des orgues basaltiques se sont redressés,
Ont pâli en conquérant le ciel.
Couleur idem.
Hérissés dans leur croyance divine.
Volcan de gel.
A ses pieds, anguleuse et exorbitante, tournoie la ville.
Si son esthétique est douteuse, l'église de Hallgríms
Est l'incontestable point de repère de Reykjavík,
La plus haute construction d'Islande.
Elle est la mémoire du poète religieux Hallgrímur Pétursson.
Hymne à la passion.

Sommet ascenseur de l'édifice.
Une mosaïque aux tonalités vivaces tapisse la ville ;
Les toits ont l'humeur harmonie et rampent sous le soleil nordique.
En opposition de baie, l'infinité lumineuse de ce dimanche après-midi
Est le vecteur menant aux lointaines glaciaires de Snæfellsjökull.
Regard évadé.

Leifur Eiriksson campe sa fierté statufiée de cuivre vert,
Comme un bastion guerrier.
Empreinte viking.

Lac Tjörnin, microcosme.
Kríur, kríur, kríur, les sternes arctiques sont de retour ;
Et nichent a même Reykjavík.
Elle annoncent l'été du lac, faction chasseresse.
Gourmands de cette partie piailleuse, colverts et eiders sont présent en nombre.
Ils cohabitent ainsi avec les oies cendrées.
Mais le joyau reste l'œil jaune vif du noir fuligule.

La nuit blanche a avalé les aurores boréales.
La lumière rasante est transporteuse de magie
Et semble posséder les façades par surprise, presque par-dessous.

C'est au hasard venteux des rues fraîches
Que l'on découvre les qualités esthétiques et culturelles des Islandais.
Maintes sculptures essaiment à l'ombre de la grisaille,
Offrent l'art à la fade découpe des maisons,
Surprennent la verdure des parcs.
Des vagues artistiques emplissent l'émotion de mon cortex.

Villi Knudsen arpente les instabilités fissurales depuis des lustres,
Parfait reflet filmé de son père Ósvaldur.
La nature est son amie ;
Le Volcano Show, l'expression multilingue de sa passion.

Ils étaient sur un drakkar de lumière ;
Si épurés qu'ils en devenaient virtuels.
Ils sont les voyageurs du soleil.
Sun Voyager ;
Ils sont les fils figés de Jón Gunnar Árnason.
L'occident est une profonde inspiration,
De clarté étincelante,
De vents aux attraits d'éloignement.

De vents aux attraits d'éloignement…

La chevauchée cétacé

Les lugubres laves de la péninsule de Reykjanes ont dévoré toute trace de rivière.
Monde poreux.
En ces instants désertiques et côtiers,
Il n'y a que la pêche qui puisse encore s'imaginer.

Les fulmars ciblent le bateau,
Frôlent de leurs prestes envolées les contours de nos regards qui scrutent.
Dépassé la pointe de Reykjanes, point de baleine.
Des professionnels œuvrent de leurs yeux affûtés.
Une heure passe dans le même silence oculaire.

Là-bas, à dix heures.
Un attroupement d'oiseaux, de l'agitation.
Cap plein gaz, en-avant toutes !
Il y a un attroupement de nageoires également.
On plonge, on refait surface, les dauphins s'amusent.

Le bateau a ralenti.
Le balai rapide des nageoires est à l'invite de la danse des vagues.
Emerveillement des dauphins.
Ils flippent :
Loopings,
Torsions,
Figures hélicoïdales,
Vrilles.
Cette sinusoïde décrit des salves d'écumes,
Des fuites curvilignes, des résurgences mammifères.

Nous restons attentifs avec ces yeux qui zooment
Et suivent la trace marine.

Elle fut annoncée par une guirlande de dauphins virevoltants et acrobates.
Jongleurs d'écume.
Toute la baie était à la fête.

Grandeur marine.
L'émergence du dos infini est une révélation nouvelle, à l'inconnu curieux.
L'œil se fixe sur la nageoire dorsale et s'en va visiter des territoires d'apnée.
Il s'accompagne amusé de maintes torsades dauphines,
Parcourt la fraîcheur secrète des altitudes négatives.
Il est libre et avide de cette nature restée à l'état brut.
La baleine est le mur de la mer,
La côtoyant, nous sommes à l'abri des mauvais prédateurs.
Enfin, repus et essoufflé, cet œil sonne une respiration aux similitudes de geyser.
Il a retrouvé les contrées de vent,
Et rend au cétacé ses sinusoïdes en mouvance.

Baleines si nombreuses,
Que les explorateurs norvégiens du XIIIe siècle les classaient
«Attrait le plus remarquable d'Islande».

Les petites créatures

C'est Eve qui a commencé !
Nombreuses progénitures, trop sans doute…

Les plus indésirables iront peupler la nuit souterraine.
Et lorsqu'ils reparaissent au monde humain,
Nul œil ne les entrevoit.
Ils jouent de leur influence invisible, sont vecteurs maléfiques.

Les elfes peuvent toujours arpenter Istunheimar, le pays des Géants.
Eve n'en voulait plus…

Devenir elfe lumineux.
Echapper à la terre et habiter le troisième ciel,
Viðbláinn,
Celui qui est largement bleu.

Eve, pourquoi m'as-tu abandonné ?

(Aujourd'hui encore, ces croyances marquent certaines consciences ; des routes sont détournées si un amas rocheux est jugé «elfique» ; en ville, on leur appose un numéro de rue… et on les évite.)

Lorsque fuient les continents

Elle avait la beauté du cygne femelle.
De glace et de neige était le paysage de son plumage.
Elle portait en son sein la genèse du monde.
Et résidait sur le faîte d'un toit.
Viking, je fut captivé.

D'Amérique apparut soudain la précision du vol de l'aigle.
Il avait la fierté courtisane.
Surgit par le sud-est un autre oiseau en similitudes emplumées.
Galant également.

Il s'ensuivit alors les mâles tensions
Qui affectèrent l'âme du cygne.
De la violence du combat naquirent les déchirements.
Morsure du bec.
Impact cratère.
Plaies béantes.
Fissures de lave incandescente.
Griffure des serres.
Failles transformantes.
Les pentes opposées du toit les séparèrent, sans victoire.
Leur mort fixa le feu du sang sur la robe du cygne.

Viking, je fut captivé.
Viking, j'eus le vol agile du faucon.
J'élis ici le domicile apaisé de mes voiles.
A jamais dans la douleur de la nature.
Et les vagues du toit sont devenues les déferlantes du temps.

Depuis, les deux aigles s'éloignent annuellement
Par le mécanisme moyen de deux centimètres.
Et Helga la belle, fille de Þorsteinn ne m'a toujours pas été promise.

Islande, imaginant une élongation de ses fjords nord-ouest,
Serais-tu l'incarnation cartographique d'un cygne femelle ?

(adapté librement d'un détail de la saga de Gunnlaugr langue-de-serpent)

Le souffle de l'eau

Haukadalur est la «vallée aux faucons» ;
Soudain, le geyser…

1294 : le séisme est l'orifice d'une terre nouvelle.
Instabilité.
Puissance de l'eau :
- Geysir,
- Strokkur,
- Oþerrrishola,
- Smiður.

Il eut un rôle vedette par le passé.
Puis, il décida de s'assoupir, à peine bouillonnant.
Geysir est un vieillard célèbre, il a donné son nom à tous les geysers mondiaux.
Parfois, en son antique artère, pour de grandes occasions,
L'homme vient y déposer la chimie surprenante du savon.
Alors pour une fois, son passé jaillissant se réveille.

La bulle aigue-marine est l'instant féerique.
Mais auparavant l'orifice du geyser hésite, son film se gonfle, redescend…
Ceci plusieurs fois.
La bulle tend finalement sa convexité aux autofocus postés ;
Et déjà la déferlante cristalline fuse et déchire ce miroir fugace.
En perte d'énergie, elle inverse sa course à vingt-cinq mètres au-dessus de nos têtes.
En retombant en gerbe irisée,
Strokkur révèle alors le cœur azur de sa gestation.
Attendons chaque fois cinq minutes que se reproduise l'image sœur.
Autour de cette vasque, précipite le sédiment siliceux des geysers… la geysérite.

Je retourne sur mes pas pour profiter enfantin
De la fascination des cristaux multicolores de Blesi.
Ce petit site a la forme opticienne de deux cercles accolés :
L'un au reflet bleu intense, l'autre ayant viré au gris vert.
Ces deux ensorcelantes s'insèrent au sein d'une découpe sulfureuse.

Plus loin, s'inscrivent en chancelant dans l'air,
Les émanations fumeuses des marmites de Smiður.

La région de Geysir est une zone à haute température :
Il y en a trente-deux dans toute l'Islande.

Les gradins de Gullfoss

Gullfoss, laiteuse de lœss.

Ce début de siècle est hydraulique.
Il y a de l'électricité dans le corps de la chute.
Sigríður Tómasdóttir est prête à offrir sa vie au courant.
Femme de caractère, à l'instar de toutes les conjointes héroïnes de ce pays,
Elle fit reculer l'industrie du projet.

Descendu sur terre, le soleil enrobe les eaux de sa parure arc-en-ciel.
Au loin, visiteur de lumière en plein ciel,
Le glacier Langjökull.
C'est lui qui nourrit la féminité lactée de la rivière Hvítá.
Trépidante de vie, elle enroule son voilage d'écume
Au long des ruptures volcaniques.
Gradins captifs.
Le chemin turbulent de l'eau s'entrouvre en éventail,
Fouette les alentours de ses embruns irisés.
Nous vivons des instants motivés et hydraulique.
Puis, nous ayant offert sa jouvence,
La chute s'engage comme un éclaircissement
Dans le chemin des orgues de gorge.

Gullfoss, où donc est sis le trésor qui te dore ?

Helga aux elfes

C'était les années autour de l'an mil.
Longtemps je me battais sur l'îlot d'Oxará, par delà les rocs de Þingvellir.
Je pourfendais tant et mieux, haranguant les brumes et les landes.
A tort on m'accusa d'avoir été le pyromane de Njáll.
J'affrontais encore les légendes de Gunnlaugr et de Hrafn
L'issue du combat était toujours incertaine.
Epées et boucliers se fracassent.
« Née fut la femme pour provoquer lutte les fils des hommes »
               (Extrait de la saga de Gunnlaugr, langue-de-serpent.)
Le bouclier du courage était brandi devant mes élans.
L'issue du combat était sans que je le sache
Le cœur blond d'Helga aux Elfes.
L'ayant épinglé, j'étais le bienheureux au pays des anneaux,
Au pays douceur des bras d'Helga.
Regard de lune, au ciel des cils.
Je parcourais ce cou gracile, au collier doré de Gullfoss.
J'avais l'âme scalde, roi des Elfes.


Et c'est probablement ce qui devait arriver.

La mer pour baby-sitter

Surtur possède le pouvoir du feu et l'active en 1963.
Dans le râle terrible des entrailles possédées,
L'océan explose en une myriade de panaches, de bombes et de coulées.
Eclosion marine.
Soubresauts.
Emergence.
Surtsey est née.
On a perdu les eaux, on a gagné une île.
Acérée aux premiers temps d'existence, elle s'arrondit rapidement.
Ouvert, le cratère offre sa bouche au baiser de la mer.
La puissance des panaches dépose au sein océan
La naissance noire des basaltes.
Avec pour frontière, le berceau circulaire de la houle.

Curieux de cette apparition, le capitaine Guðmar Tómasson
Fait faire cent pas à son chalutier :
Il est le spectateur privilégié et proximal des ébats des éléments.
Docteur géologue, Sigurður Þórarinsson rameute l'enthousiasme de tous ses collègues.

Surtsey, bébé géologique de 35 ans,
La dernière île venue au monde à ce jour.

Vík i Myrdal

On précise «i Myrdal» pour ne pas mélanger avec les autres Vík de l'île.

Vík est grisaille cet après-midi.
Vík a la plage assombrie en cette persistance nébuleuse.
Vík encore, domaine herbeux de l'angélique.
Ses sables sont un noir accueil,
Pourvu de peuplements goéland, pourvu de peuplements sternes.
On plonge, on agite son envergure, on nidifie,
On miroite, acteur du ressac si souvent mugissant.

La découpe des rochers hérissée en citadelle digitale,
Est comme la carcasse d'un immobile vaisseau.
Drakkar Reynisdrangar.
Digitale également, la flottaison mauve des lupins
En est une réplique avérée, de ses petites érections dilatées de vent ;
Elle est complice d'une vague herbeuse bienvenue.
Ils étaient deux trolls qui tiraient un trois-mâts vers une terre échouage ;
Ils étaient deux victimes du crépuscule qui les changea en digitales de pierre.

La côte veille l'ensemble de l'élan imposant des falaises.
Le tourbillon oiselé est la vie éclatante ;
La forêt en suspension des ailes est le défi à toute rugosité,
Séquelles figées à perpétuité d'une autre vie,
Celle du magma.

Les espèces de l'avifaune ont la sédimentation étagée ;
De bas en haut :
- Guillemots noirs,
- Guillemots communs,
- Goélands,
- Macareux moines.

Laissons vivre cet écrin.
Fuite est.

(Inquiétant et mystérieux, le site de Vík figure au hit-parade des dix plus belles plages du monde.)

Etreinte belle

Nous décrochons la draperie étincelante du glacier,
Prenons appui sur sa suspension altière.
Nous prenons place sur le rebord d'un monde nouveau,
Où la perfection immaculée lutte en permanence
Contre la terre rebelle et belle, et ses baisers embrasés.

Alors parfois débité en gros prismes,
Le géant gelé cède à ses avances insistantes.
Sous le joug de ses spasmes torrides, il ploie,
Offre sa fonte en un fluide bouillonnant.

Panaches irisés.
Bonheur,
Plaisir.

Les fjords volatils

Les larmes virtuelles de nos regards
Ont amené la triste grisaille des fjords à se pendre
Aux cheveux nébuleux du ciel.
Ils ont mêlé leur sang cendré à celui de l'averse.
Ils ont disparu par cette porte entrouverte.
Porte de brume.
Porte du néant.
Néant.

Un mot, un livre d'or

« Temps de chien.
Vent de loup.
Photos qui hurlent à la nuit inexistante. »

Livre d'or.
Chapelle.
Refuge.

Solitude

Arène de sable.
Arène du cratère.
Union aride.
Et Thór qui rugit.

Chroniques éoliennes

Le serpentin poussiéreux du bus nous dépose.
Nous jouxtons une langue du glacier Dyngjujökull.

Les sources thermales sont architectes ;
Elles ont de leur lent travail de fonte,
Ajouré la base glaciaire en une grotte translucide.
Déclinaison du bleu-vert.
Ici s'est retiré la chaleur de la naissance perpétuelle de la rivière Jökulsá.

L'aplomb des moraines est rude aux semelles ;
Rude idem déjà le vent éveillé qui nous guette.
Déjà l'abri de notre frêle colonne est hypothèse.
Il faut monter sur le sommet physique,
Pour voir copuler l'âme embrumée des volcans
Avec le corps translucide des glaces, le corps albâtre des neiges.
Alors courage et abnégation pédestre.

Bien campées dans l'abri dissuasif du vent puissant,
Inaccessibles aujourd'hui,
Les lèvres fumerolles du feu nous seront dérobées.

L'arc-en-ciel vient nous tendre sa palette translucide.
Objet mythique, il est le pont de lumière, il est le sentier de la terre au ciel.
Il a nom Bifrost.
Dans les lointaines sagas, on vante et évente ses mérites.
Je l'embarque sur la pellicule souvenir.

La houle des éléments est mauvaise compagne.
Elle met en hypothèse le moral de chacun,
Egrène les rancœurs et un à un quantifie les abandons.
A l'infini, la forme même du volcan bouclier Trölladyngja
Semble avoir été aplanie par tous ces remous aériens.

Les dieux ont préparé les illusions visuelles,
Si pénétrantes,
Si vaporeuses que c'est la terre qui est illusion.
Nous n'existons plus que par la gifle cinglante du vent.
Sous les atours cristallins de maints impacts gelés,
Notre perception blanchit, diaphane.
Eblouis de néant.
Seuls.
Jacques.
Laurent.
Marc.
Et encore moi-même.
Et Andréa qui hésite,
Curieux jarl au féminin et sa suite assujettie.

Fuite assujettie.
Combattre, fantôme, les illusions visuelles.
Redescendre.

Le vent jongle avec les sept poignards et ordonne le repli.
Kverkfjöll, cendre noire.
Au sommet dialoguent des évents aux sources chaudes.

Kverkfjöll, étais-tu encore loin ?

« Le nouveau venu aux genoux transis a besoin de feu.
De pitance et de lin blanc a besoin le voyageur qui a franchi les montagnes. »

Sur le perron du soleil soudain retrouvé,
Les sourires jumeaux et spontanés, à la blondeur typée :
Haukur et Rakel, les jeunes gardiens du refuge Sigurðarsh'ali.

Le savant tissage des nuages, joueurs lumineux,
A assis la trame du ciel devant mes yeux en contemplation captive.
Ces instants sont l'embellie précieuse et unique du panorama.
Passé ce bonheur trop fugace,
Il sera toujours temps de rentrer au refuge,
Il sera toujours temps de trébucher sur les obstacles de la prononciation islandaise.
Rakel les aplanit de toute sa douceur.
Eprit de havre blond ?

Crinières blondes

Ils étaient les servants les plus utiles.
Aux crinières de paille, aux crinières platine.
Ils savent les trois allures élégantes du voyage, vont l'amble.
Mais ils sont les seuls à posséder l'unicité du tölt,
Cette allure particulière du cheval islandais.
Ces quatre temps qui évitent au cavalier toute secousse.

Ils étaient les servants les plus utiles.
Fidélité des chevaux,
Qui même vendus,
Savent s'échapper pour retrouver leur ancien compagnon humain.

Ils ne sont plus les servants les plus utiles ;
Les chevaux ont toujours toute la tendresse des Islandais.
De peur de les perdre, ils prohibent tout croisement avec d'autres races.

Fracture

Royaume noir.
Chaleur.
Suffocante.

Nous disparaissons au sein de fumées ensorcelées.
Ensorcelés.

La corde des laves nous lie les pieds.
Le courage de nos mains fossilise sur les roches coupantes.
Sang incandescent.
Et nos yeux qui firent jaillir tant de fontaines de lave.

Une marmite capitonnée a l'aspect sucré du chocolat.
Attirance.
Disparition encore.
Enfer.
Nous étions en 1984.

Gueules du diable, couleurs féerie

ça glougloute à même le sol.
Là, partout autour de nous et presque sous nos pieds.
Les marmites du diable essaiment.
Des fumerolles, soufflets et autres évents participent de la fête.
La grande soupe du soufre est magique de tant de couleurs.
Elle ordonne des palettes en festons,
Aux essences de blanc, de jaune, de vert, de rose.
Encore en gestation, avide d'air libre, artiste et inspirée.
Ici répond la silice de ses avancées ocres.
Voilé encore, le soleil rampe sur le sol.
Ma tête bouillonne de plaisir, le Nikon crépite.

Tout mijote, satanique et grandiose,
Attirant l'avidité des regards humains.
Les sifflets fumeurs inscrivent au tableau des airs leur écriture déliée.

« Enfer.
Nifhel.
Brouillard sombre.
Tout en bas, le neuvième monde. »

On appelle ça l'enfer ?
Non, je suis peintre :
Je jubile au cœur de la naissance des couleurs.

Gardez quelques distances,
Prenez garde à la mobilité des sols,
Afin de ne pas devenir un composant de cette fête.

Ne gardez aucune distance,
Photographiez ces deux jeunes Islandaises à l'immobilité du déclic familial.
Faites-en deux composants souriants de la fête.

Námafjall, ce lieu captive.

Krafla

Les fumerolles sont les diables dansants
Qui parfois nous englobent de leur voile de canicule.
Le Leirhnjúkur est isolé,
Cerné qu'il est par les sournoises noirceurs étalées à ses pieds ;
Il arbore également, affinité solfatare,
Les éphémères sculptures de ses bouillonnements boueux,
A l'ombre nuancée des desseins de Krafla.
Elle est de jade, de lait, de turquoise,
La couleur méfiance d'un petit lac.
Elle est née de la rencontre de la pluie avec les fumeroles ;
Elle induit en général la dissuasion des acides.

Nous arpentons les séquelles fumeuses datées de 1984.
Ces roches sont au supplice permanent.
La lave cordée a pétrifié ses ébats torrides.
Par à-coups et pas cycles irréguliers,
L'Islande a la douleur menstruelle.
Monstre d'éjection et d'incandescence.
Monstre de nouveauté.
Splendeur de tes nuits aux fontaines éclatantes.

Mais Krafla n'a la moindre certitude ;
Qu'il explose et toutes les cartes du paysages seront redistribuées.

Des fumées en patrouilles rasent
Les aspérités noirâtres de sols emprunts de jeunesse ivre.
Elles rampent aux frontières fracturées.
Des crinières de gaz découvrent alors le galop céleste.

Après l'éruption, sommeillent maints abandons de landes noires.

Les sœurs d'écume

Hafralgilsfoss et Dettifoss sont deux sœurs d'écume.
Elles sont les filles échevelées de la rivière Jökulsá.

Dettifoss, femme déjà, jouit de fluides,
Courtisée par la horde multicolore des arcs-en-ciel.
Rondeurs vaporeuses, mélodie organique.
Le tout sous la faction maternelle de Herðubreið.
Dettifoss, tu as collectionné toutes les eaux serpentines issues des lointains glaciers.
Tu nous restitues verticalement toute leur énergie.

Plus jeune, moins mature,
Hafragilfoss secoue sa chevelure plagiat.

Hafralgilsfoss et Dettifoss sont deux sœurs d'écume.

Mon point le plus au nord

A l'horizon, les fragments de neige, agrippés aux monts de la péninsule de Tjörnes,
Tendent leur fraîcheur vers la polarité du cercle arctique.
Là-bas, on assiste sporadiquement au partage tellurique des océans.

La forêt s'est développée à l'abri de l'arc.
Ásbyrgi aux bouleaux, embryonnaire.
« Celui qui glisse rapidement. »
Le sabot de Sleipnir a imprégné à jamais la forme du site.
Et ces fortifications naturelles ont acquis une vigueur magique.
Les sept autres pattes du cheval mythique d'Odinn n'ont pas laissé de trace.
Mais cet équidé n'aurait-il pas déclenché un lahar glaciaire ?

Retour d'aile

Soleil.
Favorable.
L'aigle a soufflé le vent, ailes invisibles.
C'est par cet écran de photons que nous retrouvons des plénitudes azurées.
Envol.

Sitôt arraché au sol noir,
L'air porte loin sa transparence.
Les rives du lac Myvatn s'entremêlent en dédale,
Incertaines et avalant la liquidité rase des terres.
Les pseudo-cratères jouent leur clin d'œil cyclope,
Regard solaire.

Noire est la plaine de l'Odádhahraun,
Noire est la «prison des crimes».
Avatar morne sous la réconciliation solaire.
La découpe acérée et neigeuse du massif de Dyngjufjöll
A pris possession d'horizon et ratisse vers elle la lumière revenue.

Askja est «la boîte» ;
Impact grandiose.
Effondrement de la caldeira.
Apparaît Víti dans la jouissance terminale des magmas.
Idylle encore.
En 1875, les cendres du cratère Víti chuchotent jusque sur la Suède,
Crépitent si dur sur l'Islande que l'on émigre vers l'Amérique du Nord.
Troubles et verdâtres, idylle toujours,
Les eaux du petit cratère envoient un défi d'inclinaison aux baigneurs.
Il y règne encore la touffeur âcre du soufre.

Basculons des ailes vers l'attirance d'autres reliefs.

Alors comme érigée pour une éternité d'esthétique et de géométrie,
Enrobée de senteurs de glace,
Fille déclarée des glaciers,
Survivante de leur trépas quaternaire,
La structure tabulaire d'Herðubreið à nouveau surgit de ses voiles en scories.
Comme une vision d'évidence, cette montagne surprenante
Force l'admiration autochtone.

Pour ma part, j'avais toujours trouvé que Herdðubreið
Restait une montagne tristement symétrique.
Bouclier ou sous-glaciaire,
Je demeurait peu sensible à la morphologie étrange de ces volcans ;
Ils n'ont pas la belle violence tourmentée de leur genèse.
Je me suis réfugié tout éveillé dans les tortueuses séquences de Krafla.
Avec le temps et avec l'élévation aérienne, je finis par apprécier ce monticule insolite :
Finalement, je crois que je l'aime bien.

Coup d'aile vers le sud.
Réseau de fractures ; gorges de la glace.
Bombement.
Ici est sis l'emplacement d'une excroissance sub-glaciaire.
Plus loin, l'action solaire individualise de petites parcelles d'azur :
La gestation de petits lacs parsème parfois la surface étincelante de Vatnajökull.
La photo est idylle.
Mais, invisible et sournois,
Le réseau secret de l'infiltration conspire les futures catastrophes aquatiques.

Vatnajökull signifie le glacier des eaux ;
Il est aussi le glacier des volcans.
Sous sa carapace aux tranquilles apparences,
Cinq forges conspirent le secret de la géothermie.

L'objectif sud est rempli ;
Une bifurcation demi-tour annonce le retour d'aile.
Nos yeux rembobinent étendues et reliefs de la mire de l'aller.
Il nous restent à donner notre clin d'œil aux deux cratères Víti,
A parcourir les avancées ténèbreuses de Krafla,
Où surgit ça et là l'esprit rebelle et vif de couleurs indomptables.
Regard régal.

Mais déjà le sol est en approche et le vol s'immobilise,
Devenu terrestre.
Aéroplane repus, nous idem.

Orgue, basalte, cataracte, conjoints

Aldeyjarfoss.
La chute merveille.

Vertige des roches, vertige des eaux :
De quels éléments est né le mouvement ?

Basalte, dur et anguleux,
Qui épouse abrupt le chemin nuptial de l'eau.
La longue traîne d'écume converge vers sa chute éclatante.
En contrebas, le bassin offre sa coupe réceptrice
A l'accouplement cataracte.
«Oui» conjoints pour la beauté du site.
Fertilité.

Nourrit des quatre fleuves de lait,
Du pis originel de la vache Audhumla.
Lorsqu'elle lèche les pierres de givre,
Naissent les hommes.

Aldeyjarfoss.
Les orgues sonnent tant d'élégance hexagonales,
Chapeautés de têtes magmatiques ébouriffées,
Parfois recourbés en une danse elliptique.
On en oublierait presque cette eau,
Qui vient à la cascade en une féerie spumescente.

La montagne des quatre parts

Taureau.
Dragon.
Aigle.
Chien.

Sprengisandur, les explosions de sable.

Quand les chevaux explosent de fatigue…
C'est le partage des quatre quarts de l'île.

La traversée en hypothèse

La lave de Trölldyngja s'en est aller visiter les abords de Goðafoss.
Un dernier regard sur Mývatn :
La myriade de la poussière s'est substituée à celle des moustiques.
Sprengisandur et toute cette géologie graveleuse.

Sprengisandur était toujours une aventure
Car les premières voitures étaient source de maints problèmes.
Il fallait les démonter et recourir au concours flottant de barges.

L'absence de végétation transporte loin le regard,
Le dépose sur les rebords englacés de l'horizon.
Sournoise et dangereuse, à fleur de piste,
L'érosion veille.
Quelques balises cantonnent notre bus à la sécurité des sentes tracées.

Centre de l'Islande.
Vide.
L'homme n'y est que nuage poussiéreux, comme la traîne éphémère du voyage.
Et puis le désert reprend son silence.
Témoin notre incursion.

Sol meuble, encore humide des soupirs en gel de l'hiver fondu…

Envahis de lumière pulvérulente,

Nous longeons les attaches célestes du glacier Hofsjökull.
Et plus loin encore, celles de Langjökull.
Revenu au contact de la terre, le flot de son écoulement
S'en ira repaître les ruptures dorées de Gullfoss.

Le dernier ouvreur a déblayé les dernières parcelle de neige torve.
La jonction sudiste d'un autre bus annonce que le lien de piste,
Certes ténu,
Est établi pour Landmannalaugar.
Nous sommes les premiers à passer cette année.

Versalír a le visage solitaire.
Peut-on parler d'oasis sous ses latitudes ?
La cuve de pétrole, sa pompe, l'auberge, son accueil, le désert…
Il paraît qu'on traduit Versalír par… Versailles !

Les yeux des dépôts de téphrite ont la vision stratifiée.
Ce sont ces étranges formations, sur le visage rugueux des collines,
Qui nous annoncent et nous entrouvrent les portes de Landmannalaugar.
Encore quelques tours de volant dans un paysage qui se resserre,
Et nous aspire en son sein de plus en plus nuancé.

22h.
L'ocre pétulant s'est invité au campement.
Nous posons définitivement poussière et séquelles grisailles à Landmannlaugar.

Ciel insomniaque

Le crépuscule est à l'ambre discrète ;
Il a vêlé tous mes sommeils.
Interminable.
A Landmannalaugar, il est minuit diurne.
Onde de sérénité,
Je suis un élément immobile du paysage.

Le parcours des couleurs

Parfois le chemin de l'eau farde la roche d'un orange vif.
Il établit des ruptures prononcées.

Durant quelques jours, sur des séquelles de fonte,
L'eau est l'enfant de la neige.
Elle est l'âme d'un petit réseau qui court sous la surface du sol,
Imprégnant de ses dendrites plus soutenues la structure caillouteuse.
Le parcours des couleurs s'est multiplié.

Le talent des rhyolites s'exprime en tant de nuances expansives.
œil captif.
- Fer,
- Cuivre,
- Manganèse.
Gamme ravivée.
Aujourd'hui, ce sont des dos de fauves qui lézardent au soleil.
Chatoiements veloutés et variées.

C'est dans cet univers aux accents festifs
Que chante la complexité des palettes,
Que la colonne étirée du groupe dessine ses pointillés en mouvance.
Trekkeurs de crêtes.

L'éclat d'Hekla

Avant l'an 1000, il y avait sur cette île :
- Logi, flamme vorace et géante.
- Surtur, destructeur de feu, incendiaire.

Hekla, en 1970.
Il fait donner des fontaines ignées.
Il orchestre le ballet des cratères et des rivières de lave.
Grandiose et dangereux, il fait évacuer les populations,
Repousse les examens des étudiants qui viennent l'étudier.

Hekla : l'enfer est sis en ce point.
Par delà les voilures célestes,
Dans les contrées de la lointaine Italie,
Le Vésuve, si infernal soit-il, n'en est qu'une bouche.
Ainsi s'exprimèrent ceux qui, terrorisés,
Assistaient aux grands ébats du volcan depuis leurs esquifs en cabotage.

Tel l'Irlandais Saint Brendan :
« La prison de judas nous jeta feu et flammes, roches ardentes et ferraille, poix et soufre jusqu'aux nues. Des forgerons hideux qui courent sur la côte nous jettent des masses enflammées, à l'aide de grande pinces. »

De fissures en fontaines de lave,
La montagne toute entière invite et captive ;
Elle a le don de faire oublier la félonie de ses dangers.
A proximité, la mort fluoré fauche moutons, chevaux et oiseaux…
Sur ses flancs, nombre de cratères rapportent en surface
La parole incandescente de l'enfer.

Hekla est la montagne du manteau.
Manteau nuageux.
Manteau de neige.
Manteau des laves.
Il est strato-volcan.

Lier la boucle

Et nous fîmes ce séjour en enfer,
Véhiculés par le bus bleu de l'Islandais Siggi,
Une «accompagnatrice» suisse alémanique, Andréa,
Et la cuisine rondelette de l'Islandaise Lijia.
Les embrassades en boucles de bras… bouclent la boucle :
2.258 kilomètres au total.
Retour à Reykjavík.

Eclaté, le groupe prend congé de ce pays
Où fleurissent les aurores boréales qu'une lumière trop intense nous a éclipsé.
Nous avions perdu le scintillement stellaire…

Sur ces terres irréelles, où l'homme est sauvage et pourvu d'un gros 4x4,
Il n'en décline pas moins son farouche amour de la liberté.

Alors enfin, la nuit a éclos avec ses tractations d'ébène.
Rideau pourpre, et…
Góða nótt (bonne nuit).
Et la mer, de ses neuf vagues sœurs continuera d'enfanter la nature.

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©Christian Girault, tous droits réservés
Islande 1999
Islande 1999
Les textes sont extraits du premier chapitre de "Emergence atlantique"
Les textes sont extraits du premier chapitre de "Emergence atlantique"