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Christian Girault (French Kriss) | profile | all galleries >> Récits de voyages / Travelling stories >> Du haut des terres d'equinoxe (Equateur) tree view | thumbnails | slideshow

Du haut des terres d'equinoxe (Equateur)





Du haut des terres d'equinoxe

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Pour quelques dollars de plus...

25 exactement.
Pot-de-vin.
C.I.A. - S.A.E.C. (pour South American Explorer Club)
Renseignements discrets.

Agent Hugo Torres,
Profession aventurier.
Propositions alléchantes :
Billets verts et république bananière.

Contact établi ;
Nom de code : Quito 547 - 576.
A des milliers de kilomètres,
Six incorruptibles frenchies
Reçoivent l'écho d'Amérique.
Paiement comptant :
800 $ par tête, acompte seulement.

Nouvelle missive :
« Votre mission,
Si toutefois vous l'acceptez,
Consistera à :
Vous aguerrir en camp d'altitude,
Vous fondre dans l'anonymat des visiteurs,
Retrouver la trace de Charles DARWIN aux Galápagos. »
P.S. : pour votre défense : piolet, crampons, cordes.

Les gorges se nouent ;
Cinq secondes s'écoulent,
Fax autodétruit.

Colombian connection

Hombre :
« Fais attention à toi !
Si tu vas en Colombie,
Ils sont capables de voler le lait
Dans ta tasse de café ! »


La côte est abordée par le nord-est.
Effleurage de la mer, puis atterrissage à Carthagène.
Prudents, nous ne quittons pas l'appareil.
Saut de puce d'une heure,
Pied à terre : Bogota.
Les ordres fusent dans l'aérogare,
La police règne en maître,
Pénètre chaque recoin
De ses yeux guérilleros.
L'air est empli d'une méfiance tendue,
Traduite dans des regards inquisiteurs.
Sans doute, notre seule présence est-elle coupable.

Les gâchettes sont bien huilées,
Les uniformes amidonnés,
Les bottes montent haut et la garde,
Déformant la démarche,
Démocratie incertaine d'un flaireur de neige.
Junte forcée.

L'heure de la fuite a sonné.
Paradoxe édifiant,
L'évasion est des plus faciles.
Nous traversons un couloir d'angoisse,
Sans contrôle,
Et atterrissons ébahis,
Dans un nouvel aéroplane aux dimensions de vol intérieur,
Dont les ailes effleurent déjà les sierras d'Equateur.
La liberté se dessine sur l'horizon sud.

Sévérité, mythe ou réalité ?
Pas aujourd'hui en tous cas.

Mont Cayambe

Le jour décline,
Envoie ses rosissements
Se fondre dans les dernières traînées bleutées.
Devant nous, le mont Cayambe
Dresse sa stature volcanique.
Il a revêtu son panama de neige.
Des nuages, chiens fidèles de la montagne,
Se frottent sur ses flancs,
Attendant la nuit.

Au loin, une pyramide
S'éclaire encore timidement de ses glaces éternelles.
Lentement, d'un geste séculaire,
Le Cotopaxi s'enfouit
Dans un voile de ténèbres grises.

Conquêtes naissantes

La nuit des temps a accouché de son aube,
Effleure le chemin du soleil.
Une brume de mystère persiste.
Apparition irréelle, dans un cerceau de soleil naissant,
De frêles embarcations.
Quelques pêcheurs, polynésiens ou japonais,
Ouvrent des yeux de terre.
Incrédules, ils appontent un quai d'Amérique.
Débarquement, nom Caras.
Leur avancée augure de découverte, demeure embryonnaire.
Le Rio Esmeraldas est leur vecteur :
Au Xème siècle, ils ont atteint de hautes terres coniques,
Se douchent d'éruptions,
Ils s'installent au Pays des Colibris,
Fondent Quitolt.

Coq-boxing

Une petite arène circulaire
Devient le théâtre de passions au couchant.
Autour d'un cercle de mort de moquette bleue,
Les paris agitent leurs rectangles en liasses.

Silence.
Les deux coachs envoient leur champion s'échauffer,
Qui picorent pour prendre la température de l'événement.

Coup de sifflet !
Les ergots acérés se dressent, armés d'acier.
Volée de plumes,
Prise de becs,
Coups de pattes investigateurs,
Cris exacerbés.
Les deux gallinacés, petits et très nerveux,
Se déchirent les chairs,
Virent au sang.

Epuisé, l'un d'eux, s'éloigne de l'orage rouge ;
La vie triomphe quand même.

La foule exulte...

Sciences occultes

Observation.
Le Soleil croise la ligne équinoxiale.
L'événement est marqué.
De grands murs sont érigés près de Quito,
Gardienne du temps.
Les Caras versent dans les sciences astronomiques,
Construction d'un observatoire :
- 2 colonnes,
- 12 pilastres.
Les ombres prennent le nom des mois.
La ligne équinoxiale est baptisée «Chemin du Soleil»,
S'ouvre sur la sierra.
Le pays devient «Equateur» ;
Les colibris deviennent «Fleurs de Soleil».

Tout l'or de Quito

1978.
Quito possède la carte de membre de l'UNESCO,
Elle appose le pacte avec la conservation.
Légalité du patrimoine mondial.

Les événements marquants jalonnent les rues de leur date.

Frères Franciscains évangélisateurs,
Sebastian de Benalcázar inquisiteur :
Portions conquises.

Cité coloniale à fierté exacerbée.
Les églises s'érigent,
Les Indiens s'épuisent,
Esclaves et maîtres de Dieu.
Royaume de la possession.

Les autels sont tapissés d'or, à profusion.
Les Indiens sont subjugués,
Le Soleil est entré dans la maison divine :
Ainsi, la conversion est aisée.

Baroques jusqu'à l'extrême,
Ces sanctuaires ponctuent la cité, nasse de Dieu :
La Compañia,
La Cathédrale,
El Sagrario,
San Agustin,
Santo Domingo,
La Merced,
Liste non exhaustive...
La Vierge du Panecillo veille sur eux
Et sur... les nombreux loubards de sa colline.

Côtoyant parfois ces édifices religieux,
De calmes rectangles aux voûtes reposantes
Affichent la quiétude rédemptrice.
Les couvents sont le domicile du silence.

Panaméricaine

La Panaméricaine inscrit un rêve d'évasion,
De hauts plateaux,
Balayés par la respiration terrestre.
Elle est anaconda, de 20.000 kilomètres de long :
Laredo (Texas) - Santiago (Chili).

En Equateur,
On la nomme «Avenue des volcans».
D'altiers cônes la protègent jalousement,
De la forêt impénétrable à gauche,
De la houle infinie à droite.

Aujourd'hui,
Tous ces gardiens pyromanes,
Ne sont que des souches,
Ayant été sectionnés par de vastes tronçons de nébulosité.
Leur liste devient fantomatique :
- Pasochoa        4.200m
- Corazón          4.788m
- Rumiñahui       4.712m
- Sincholagua    4.893m
- Iliniza              5.248m
- Cotopaxi         5.897m
Evadés dans nos rêves,
Nous la chevauchons,
Un van Ford pour monture.

Baños, porte de jungle

Ville d'eau et de pluie,
De brume et de vapeur.

Trois sources à température variable,
Trois artères de vie,
Se mêlent au sang pour lui redonner
Goût à la vie, tonicité et bien-être.

Se mêlent les races,
Les costumes en diversité,
Et tout le foisonnement des couleurs.
Quelques pèlerins sont en quête
Des miracles prodigués par la Vierge de Santa Agua,
Dont les exploits rehaussent les murs de la basilique.

Pèlerins de sommités que nous sommes,
Nous nous délectons des miracles vivifiants
Du sauna de l'hostellerie Sangay,
Echo vaporeux de l'actif cône de basalte.

Vers l'orient,
Le río Pastaza attaque la vallée,
Trace la voie,
Pour les moiteurs de l'enfer vert,
Sautille au gré des ruptures de terrain :
El Agoyan ou Rio Verde.

Avenue des volcans, Façade Pacifique

Un,
Deux,
Trois,
Puis tous.
Le paysage se soulève.
Poussé par Nazca,
Le frottement Pacifique est rugueux.

Aspérités,
Fonte du magma plongeant.
Vers sept cents kilomètres de profondeur,
Le long du plan de Benioff,
La subduction bat son plein,
Renvoie des diapirs calco-alcalins,
Vers des bouches terrestres,
Secoue les populations.

Survie pathétique.
Fatalité bafouée.
Au hasard des éruptions,
Le paysage se dessine, évolue,
Reflétant la mémoire et l'infinité des temps géologiques.

Limpio Pungo

Une lagune d'argent
A entrepris la longue plasmolyse de l'assèchement.
Sise à 3.800 mètres,
Elle éclaire une platitude lunaire de ses paillettes solaires.
Refermée sur elle-même,
Elle lance des cris d'onde frémissante
A des nuages télégraphes,
Relais messager pour les grandes étendues glacières.

Pluie de pierres, jardin de roc,
Paramo lapidée,
Les grandes colères du Cotopaxi
Se traduisent dans une écriture lithique.
Le soleil déclinant, allongeant les ombres,
Transforme le texte en majuscules.

A la recherche du plus haut cratère du monde

La nuit englobe le refuge Ribas de ses ailes noires.

0h45.
Nous en soulevons un recoin
De nos frontales engourdies.
Fringale d'escalade.
Le petit-déjeuner en travers de la gorge,
Nous sommes d'équipement polaire.

1h40.
Nous nous rassemblons au pied de l'objectif,
Le fixons,
Lui lançons un défi sportif.
Les émanations sulfurées ne se doutent pas
De nos secrets desseins.
Les premiers pas surmontent des scories,
Rougies par les déclarations de l'érosion ferrugineuse.
Ils s'y mêlent, s'y engluent,
Une heure durant.
Le moral s'effrite,
Que vienne la glace !

2h45.
Elle se profile à l'horizon.
Lentement, nous l'atteignons.
Harnachement, matériel au cliquetis métallique.
Les équipes sont tirées au sort.
1) DANILO - CHRISTOPHE - JEAN-POL - PASCAL,
2) HUGO - CHRISTINE - CHRISTIAN (moi-même).
Attaque de l'acier frontal,
Deux pointes seulement.
Equilibre de la pointe des pieds,
Sur une longueur de quinze mètres,
Suspendus à notre volonté.
A l'issue, nous accostons un royaume féerique,
Fait de moutonnements meringués
Et de lèvres assombries par la présence du danger.
La lune, pleine et halogène,
Nous dicte un sentier de lumière, les frontales se rétractent.

4h00.
La montée régulière, contournant les pièges crevassés,
Epuise mes réserves.
L'estomac crie son courroux.
Mais les pas assurent le train,
Se nourrissent du jour latent.

5h10.
Première fringale alimentaire.
Les pieds suent une énergie volatile.
La cadence se fige.
- Hey, Hugo !
Il tourne la tête.
- Stop !
Il repart.
Fringale de colère :
- Il fait chier, ce con !
Rythme dissous.
J'invoque toutes les excuses pour récupérer :
Corde trop longue,
Corde non tendue,
Technique bizarre.
Les éclairs zébrant, à l'horizon nord,
Le ciel du Cayambe,
Ont conquis mes neurones,
Pris possession de mes instincts.

6h15.
D'autorité, je bloque la cordée
Pour un cliché incroyable.
L'ombre du Cotopaxi laboure les kilomètres,
Plein ouest,
Léchant des rebords d'Iliniza.
Inexorablement, le dieu inca, feu de mon ire,
Installe son trône céleste.
Les crampons de mon courage
Sont le second souffle de ma faim.
Patiemment, nous approchons du dernier ressaut,
Terrible pressentiment.

6h40.
Pause enfin,
Fringale d'esprit, fringale abandon,
A verticalité 200 mètres du sommet.
Alimentation pénible,
L'âme du groupe se disloque.
Combien encore ?

6h50.
La cordée 1 repart, serpent zombie.
Hugo se lève, tracte Christine.
Inconsciemment, je dénoue la corde,
Termine mon grignotage.
Coup de fouet alimentaire !
Sucres ultra rapides,
Allez debout !
Aventurier solitaire,
Je repars pied au plancher,
Rattrape mon cordon ombilical,
Franchis le premier mur,
Escarpement englouti.
Le courage est mon podomètre :
Cinquante pas, pause, et on remet ça.
La pente s'incurve alors vers l'horizontalité ;
Encore quelques mètres,
Nous côtoyons le large cratère,
Dont le clin d'œil amical,
Laisse échapper des larmes de soufre.

7h40.
Grand bleu.
Embrassades :
- Hugo, mon frère équatorien !
Photos,
Migraines,
Je chancelle,
Ivresse.

Nous flirtons avec des condors de vent.
Je lègue mes amertumes au bouillonnement du volcan.

Sommité

J'entrouvre mon cœur affolé,
En libère un nuage de stress volatil.

Un calme insouciant terrasse les derniers tourments.

Lentement,
Le paysage altier,
M'inclut...

Au pied du Chimborazo

La nuit a détrempé nos gorges.
Des fantômes de vapeur rendent le camp hasardeux.
Domaine de l'opaque persistant.
Combien de dimensions subsistent ?

Une lucarne lumineuse s'entrebâille,
Laisse percer des parcelles altières,
Les arêtes du Chimborazo plafonnent nos esprits gourds.

De secrètes invocations s'en échappent,
Guidées par la glaciation cristalline du vent.

Réponse immédiate.
Au sud, le ciel se transperce, vire au bleu.
La Paramo nous offre ses vallons galbés.
Privé de ses neurones de feu,
Miroir de brume,
Au-dessus de nos têtes,
Un astre entrouvre son cercle parfait,
Blanc intense ;
Il fouette nos destinés.

El Delirio

Refuge Whymper.

                Le feu s'étouffe dans un dernier sursaut de pétrole.
                La nébulosité s' est refermée
                Sur un essaim d'alpinistes Belges, Flamands plutôt sous-équipés.

Apparition irréelle,
Disparition virtuelle,        -------------------------         Vérité ?

                               Le dortoir numéro 4
                          Est la geôle des prisonniers
                     Des divinités de pierres.
               Lié au fond du cocon (de mon sac) de couchage,
          Des inscriptions au noir de bouchon,
     Intraduisible, au-dessus de ma tête,
Tournent sans cesse, taraudant mon esprit.

               Ouverture du cerveau...

Trois compagnons de cellule,
     Se sont cuirassés d'acier,
          Pour aller naviguer
               Sur des pentes de souffrance blanche.
                     Dieu Chimbo à deux têtes,
                          Vientimilla, Whymper,
                               Les noms de son sommet double.
                                    Invocation du piolet.
     Ont-ils entrouvert les portes du délire ?

Des scènes étranges
Evoluent sur le glacier des circonvolutions de mon cerveau.
Chevauchée fantastique,
Libérateur de conscience,
Simón Bolivar piétine ma mémoire, la volatilise.
Lentement, son cheval s'épuise,
Devient sacrifice rituel,
Vingt heures viennent de s'égrener.

Il est talonné par E. Whymper et J.A. Carrel,
Au préalable ennemis farouches,
Complices d'une première réussie,
Qui envoûtent le plafond constellé de mes sens.

Epuisés.
J'aperçois
Jean-Pôl Whymper,
Christophe Carrel,
Danilo Bolivar
Revenir, porteurs d'un message de succès,
La tête dans les étoiles.

Mon cerveau se referme...
Fin du trek.

Ingapirca

Echo de Cuzco,
Nombril du monde.

Le site d'Ingapirca est élu,
Jouxtant la Grande Voie Inca.
1600 km. Au nord, la capitale.
Comme une sorte de balbutiement d'autoroute :
Six cavaliers pourront circuler de front.
Route du Soleil,
Parcourue de souverains,
- Yupangui,
- Cápac,
- Atahualpa.
Leur tyrannie englobe,
Les autres peuples indiens sont soumis.

Epreuve de force.
Respect, travail.
La patience est infinie.
Elle érode l'âme humaine.
Pas de mortier.
Les pierres sont simplement façonnées.
Les cordes mouillées sont enduites de sable abrasif,
Impriment à la roche des formes quadrangulaires.

La terrasse déroule ses neuf niveaux.
La sépulture est recouverte d'un cercle de pierres :
Temple du Soleil.

Le trésor des Incas est adoration du Soleil.
Les Espagnols jamais ne l'entrevoit.

Apparition :
- Rocher fauteuil,
- Rocher tortue,
- Rocher singe,
- Rocher visage Inca
«Craignez ses yeux».
Leurs ombres s'allongent,
Nous lèchent d'une caresse d'air raréfié,
Nous enveloppent de toute l'intensité,
D'un grand univers volatilisé.

Mystère ! Ingapirca fut-elle :
Entrepôt à grain ?
Monument religieux ?
Temple dédié à la Lune, petite sœur du Soleil ?
Coup de brume balayeur.
Obscurité du savoir,
Les fenêtres du passé se referment.

Des lamas isolés reprennent possession du site...

Atahualpa et Huáscar

Partage de l'empire, scission :
Partie méridionale pour Huáscar,
Partie septentrionale pour Atahualpa.
Le conflit d'influence s'avère inévitable.

Atahualpa n'en a cure.
Sa cour est faste, il est la civilisation la plus avancée ;
Les dons sont nombreux, pas de mendicité, le peuple est d'avantages innombrables.

Les quipus, cordes à nœuds multicolores,
Consignent les annales de cet éclat.
Toutes les clés du déchiffrage n'ont pas été léguées.

Le choc a lieu dans la plaine de Chilogallo ;
Le paroxysme est atteint à Iliribamba.
Atahualpa, incarcéré, s'envole.
Des bataillons, escadrilles de son évasion,
Lui autorisent une enclave jusqu'à Cuenca.
Les trésors s'entassent : améthystes et travail de l'or.

Huáscar est terrassé à Ambato ;
Son dernier souffle se tourne vers le Chimborazo.
Atahualpa arrive à Cuzco en 1532.

Lago Agrio

Du pétrole plein les poches,
De l'alcool plein le sang,
Des bordels plein le sexe.

La forêt émeraude te laisse épuiser tes réserves,
Deux pistes d'atterrissage pour cicatrices.

Oriente

De nouveaux aventuriers ont vu le jour :
Christine, Pascal et Christophe.
Ils ont fui vers l'est, ont franchi le rideau de cellulose,
Se sont enfoncés vers le royaume du Roi Végétal.

Les volets verts se sont clos sur leur tête.
Ils sont devenus buveurs de liane,
Tarzans hésitants, dans la grande réception des arbres.

Les lanchas parcourent silencieusement
Les artères de la forêt.
Les rives foisonnantes, élancent les hautes essences verticales :
Palmiers, bananiers, cocotiers, lauriers, hévéas, seïbos ;
Ils entreprennent une course à la lumière.
Malheur aux plus lents.

Le matapolo, tueur d'arbres sévit.
Il enserre les palmiers chontas, les cèdres rouges,
Les uvillas et les canalos.
Il grossit, entoure son voisin,
Grossit encore, anaconda ligneux,
Grossit toujours, étrangle, broie, et enfin met à mort.
Spectatrices impuissantes,
Des lianes de 300 mètres touchent à un domaine moins morose.

La reine est intronisée, Rosa del Selva (Sanda Mapichu),
Et les chauves-souris lui offrent la pollinisation.
Durée de vie de douze heures.
Les femmes en prélèvent une décoction,
Puissamment contraceptive.

Richesse de la flore : 30.000 espèces végétales.
Conquête de la faune : 20 espèces animales par plante.
Plus à l'est, des espèces cousines,
Se débattent dans l'odeur âcre du feu.

Le peuplement humain impacte la forêt de ses auréoles discrètes :
Tribus Jivaros, Zaparos, Waoranis, Cofans, Sionas, Secoyas, ...

A cause des blancs :
Argent,
Alcool,
Maladie,
Casquettes de base-ball.

Visite aux Jivaros :
Des hommes enduits de sève d'hévéa
Traversent sans encombre la rivière,
Les piranhas sont ainsi neutralisés.
Le chef est trop vieux, il se sent mourir.
La décoction d'ayahuasca lui assure un dernier trip.
Il entre dans la gare de son voyage planant.
Puis, il s'enduit de miel,
S'allonge sur une plage d'Amazone,
Offre son corps aux fourmis prédatrices.
Cérémonie funèbre :
Les os seuls témoignent du défunt.

« Le jour, il y a l'homme et la forêt, La nuit, l'homme est forêt. » (Proverbe jivaro)

L'aube est arrivée.
Des femmes Waoranis
Habillent la surface du fleuve de lianes barbasco.
Coupure de l'oxygène.
Les poissons asphyxiés sont aisément vendangés.

Le sorcier Cofan
Voyage virtuellement au pays des chamans.
La yague est son catalyseur.
Il renifle les trafiquants de drogue alentour.
Une étrange brigade des stups est constituée,
Et engage une expédition punitive :
- Fusils,
- Machettes,
- Sarbacanes,
- Plumes dans le nez.

Le progrès est inexorable.
Il diffuse le prélude à l'or noir :
« On raconte que l'homme blanc se promène dans la selva, les bras chargés de cadeaux pour mieux capturer les Indiens qu'il entraîne dans un endroit secret où il les transforme en essence qui sert à remplir les réservoirs des avions, des bateaux à moteur et des voitures. Ainsi propulsés, ces engins peuvent revenir, chargés d'un plus grand nombre de cadeaux pour séduire encore plus d'indiens. »

Le sang du diable court
A travers les veines oléoducs du pays,
Assure un avenir éphémère.
Bingo ! Bongo pour la recherche en 1972,
La province de Napo devient le berceau des derricks.
Le sang noir s'écoule au long des fleuves,
Ouistitis mazoutés,
Le tollé s'élève.
Fernando Montesinos de Tierra Viva est un ardent combattant.
Une nuit, les puits sont attaqués à la sarbacane ;
Le venin de la colère des Waoranis et des Cofans
Prend en otages les petroleros:
Mais demeurent néanmoins les prospects à l'explosif.

Combien de temps encore ?
20 ans, 15 ans, moins ?
Combien de temps encore pour les réserves indiennes ?

Le regard s'éclaire pourtant,
Lorsque paraissent les aras azur et or,
Inséparables,
Amants de la forêt.

Les dieux arriveront par la mer

Les Incas en sont persuadés.
Les dieux sont armés de pics volcaniques...

Le dieu-lune parcourt les flots sur son vaisseau de roseau.

1532.
Quelques Espagnols posent le pied, accostage Pizarro.
La pénétration des terres est facile, les canons sont des fers de lance.
Peu d'indiens sont terrorisés :
Les dieux arrivent...

Recontre au sommet à Cajamarca : Pizarro - Atahualpa.
Les négociations sont dictées, l'Inca est arrêté, sa garde éliminée.
La rançon sera le trésor immense, réclamée par les Espagnols,
Or, argent : Cajamarca devient un vaste entrepôt.
Offrande rituelle aux dieux cuirassés.
Le compte y est ?
OK. Un procès inique suit, pour inceste, polygamie,
Adoration de faux dieux et crime contre le roi, celui ibère.
Sacrifice humain du Fils du Soleil.

Réaction du chef Rumiñahui,
L'Equateur entre en éruption pendant deux ans.
Un ruffian débarque : Sebastian de Benalcázar.
En 1534, il entre dans Quito, rdéjà asée par le chef inca.
L'empire est bradé, tout va disparaître...
Et les trésors sont offerts à la bouche d'un volcan,
Les vierges également :
Messieurs les Espagnols, cherchez donc !

La vengeance s'inscrit dans la fureur du Cotopaxi ;
Paradoxe, ce sont les Indiens qui fuient.
Plus au sud, Diego de Almagro
Fonde une romance avec la montagne,
Apprivoise le Tungurahua.
Santiago de Quito est la première capitale, pourvue de la première église.
Craquements, soubresauts,
Le volcan est capricieux, tient à son territoire, et rase la ville nouvelle.
Les Espagnols s'affichent en moral refroidi, mais nullement découragés.

Les dieux sont arrivés... les fidèles sont soumis.

Alausi : et Judith rompit l'ennui

Lorsque l'Europe ouvre grand
Ses vieux bras veinés de guerres et de luttes,
Lorsque l'Allemagne ne sait plus
Où donner de l'ouest et de l'est,
J'ai laissé la France pour le nouveau monde Equateur.
Un atterrissage chaotique
M'a déposé à Alausi,
Cité ennui.

Alors que la ville se niche encore
Au creux de l'épaule de son passé d'or et de cuivre,
Je prends l'Antique Train.

La respiration saccadée de la locomotive
Est la musique
Qui me conduit, non pas à Guayaquil,
Mais à la sablonneuse baie Judith.

Et là,
Assis sur le front de mer,
Chaudement enveloppé dans une plage de cheveux de miel,
La marée azur de tes yeux
Offrira à mes lèvres,
Une coupe d'espoir cristallin...

Train d'enfer

Retour du passé !
Début de siècle.
Un volcan noir,
Pourvu de roues sans âge,
Crache ses fumerolles infernales.
En son sein,
Bout un magma
De fuel et de cendres huileuses,
Libérateur d'énergie.

Attente séculaire.
Enfin, l'animal suffocant avale la patience de ses clients.
Face à la gare,
Une façade ouvre grand ses arcades
Pour témoigner de l'enlèvement.
Quelques retardataires sont sermonnés
Dans un rugissement de vapeur blanche,
Départ imminent.

Les télécommunications ont encore des sonorités musicales :
Point - trait - trait - point, etc...
Le langage morse annonce le départ.

Ce départ est un séisme.
Le monstre est secoué de spasmes telluriques,
S'ébranle dans un nuage fumeux.
Le claquement de métronome de l'attelage
Prend du rythme.

Fantôme, le train entre en enfer :
Narriz del Diablo.
Sur le toit de chaque wagon,
Un gobelin paré de bleu, en casquette,
Joue le serre-frein.
Les mains noircissent sous l'effort.
Aussitôt, la bête allume ses roues,
Dans l'augmentation de température des plaquettes.
Attention, elles hurlent en surchauffe.
Quelques kilomètres plus loin, elles agonisent.
Arrêt forcé.

Au sommet des wagons de marchandises,
Une myriade de touristes entreprend de s'équiper de peintures de guerre,
Les fumées noires sont une palettes dantesque,
Rabattue par les sortilères de la cheminée.

La déclivité s'est accentuée.
La locomotive ahane de plus belle.
Les fenêtres des voitures de bois s'inclinent sous la gravité.
La sueur du soleil fait luire les rails.
Zig : marche avant,
Zag : marche arrière,
Zig : marche avant à nouveau.
Des voies de garage intermédiaires
Actionnent la géométrie de cet étrange manège.
Les virages sont occultés pour vaincre les pentes ;
Nous empruntons l'ascenseur pour la plaine.

La descente visite des étages de sierra :
Les eucalyptus, puis la jungle, puis les bananiers.
Nous perdons les Indiens d'altitude, récupérons des instants de canicule.

Nous sautons en marche à Bucay,
C'est déjà le prélude à la moiteur costale.
Laissons filer la Baldwin suffocante vers les forges de Duran,
Etablies en banlieue de Guayaquil.
Ce destin futur n'est que de peu d'intérêt pour nous.

Plus au nord évolue un autre véhicule.
Passage à niveau.
Route et rail s'entremêlent,
Engendrent l'Autoferro, le pointillé coloré de la Paramo.
Pas pris, pas le temps.

Indépendance et émancipation

Feuilletons les rues :
L'histoire s'écrit sur des rectangles bleus, aux quatre coins des carrefours.

Avenida 12 de Octubre (12/10/1492).

Christophe Colomb foule le sol des Indes.
Avenida Cristobal Colón.

Avenida 6 de Deciembre (6/12/1534).
Les ruines de Quito refont surface, nouvelle fondation.
Calle Benalcázar.

Avenida 10 de Agosto (10/8/1809).
Premier gouvernement libre installé par Juan Pio Montúfar.
Calle Montúfar.

Calle 9 de Octubre (9/10/1820).
Simón Bolivar proclame l'indépendance.
Calle Bolivar.

Avenida 24 de Mayo (24/5/1822).
Le maréchal Sucre livre l'ultime bataille aux Spagniards.
Calle Mariscal Sucre.

Cuenca

Cuenca.
Belle de Sierra, cossue.

Son emblème se dessine dans les contours d'un chapeau.
Cuenca revêt un panama d'albâtre,
En tapisse ses façades tranquilles,
Tresse une paille souple (paja toquilla),
En un réseau de rues réticulées.

Les ambiances citadines sont flâneries,
Propices à la méditation.

Cette ville est de tradition bourgeoise,
Supportant une caresse de Christ,
Faite d'une douleur toute espagnole.
La cathédrale neuve est son écrin précieux.
Nous y sommes aspirés,
Fascination de l'or.

Or.
Dignité du souverain.
Flèche de soleil,
Dard de vie.

Quito, luttes et inflation

Une trouée dans le ciel :
La cité des colibris se prélasse,
Langoureusement adossée au balcon solaire du volcan Pichincha.

L'atterrissage en retour de Cuenca,
S'inscrit dans la quiétude d'un matin d'automne.
Mais l'après-midi, un puissant chagrin prend le relais,
Rails de colère aqueuse, déferlante trempée,
Orage et grêle.
Attente du soir,
Tout s'enveloppe de garuá, chute nocturne.

La trouée céleste s'est refermée.
Orages au sol.
Adulé par les slogans électoraux,
Un mois auparavant,
Le président Sixto Durán Ballén
Voit son aura s'effriter.
La révolte fait gronder ses espoirs de remplacement.
Le voyage du dirigeant à l'O.N.U sonne tel un refuge.

Offensive à la hausse :
+ 50 % sur les tarifs de bus,
+ 30 % sur les tarifs aériens (modiques toutefois),
+ 10 % dans les hôtels.

Des bûchers de haine,
Bougeoirs de carrefours,
Consument la ferveur populaire :
Les grèves engluent les artères,
Injection somnifère sur la ville.

Certains rideaux de fer sont tombés, par cadenas interposés ;
Ils flirtent avec le sol maculé.
Le shopping se replie, en berne.

Le Pichincha hérisse ses antennes,
Les décibels crépitent,
Les nouvelles sont diffusées dans tous le pays.
Guayaquil déjà s'était enflammée.

Venant de Cuenca par les airs,
Nous nous frayons un passage,
Au travers de ces poussées de colère, sans retard.

Nous entrons en vieille ville après l'orage, celui de la météo,
Qui a fini par refroidir les passions.
Les rues sont jonchées de séquelles ouvrières,
Des détritus sont humectés d'un calme relatif.
Ambiance lourde de crise.

Le brouillard pudique descend du Panecillo ;
Les réverbères luttent aux côtés de l'opacité.
Cette atmosphère étrange est-elle le prélude à une nouvelle agitation ?
La milice a envahi la rue,
Casques et boucliers entreprennent une faction vide.
L'armée n'est pas loin.

Nous passons fréquemment entre deux rangées de soldats,
Qui trompent l'ennui dans la lecture
Des comptes-rendus journalistiques :
La crise persiste...

Aujourd'hui, il n'y aura pas d'agression, ni de vols,
Dans la cité coloniale !

Recensement

13 îles,
17 îlots,
47 rochers,
2.000 cratères,
Combien de guyots ?

Nous allons danser avec les volcans,
Communiquer avec le cœur de la terre,
Seront invités par la fête des animaux.

C'est un itinéraire en rebonds, de terres microscopiques en successions de vagues.

Abordage et jonction :
Pacifique, Nazca, Cocos.
Les plaques se disputent un point triple,
Leur conversation est tectonique.

Les Galápagos en subissent les conséquences sismiques :
Elles revendiquent la plaque Nazca.

Point chaud

Fissuration.
Friabilité de la croûte océanique.
Les fractures quadrillent le territoire.
Des panaches magmatiques découpent des ornières de plaques,
Façonnent un relief sous-marin s'élevant inexorablement.
Emersion d'une île nouvelle.

La bouche vomit des photons bouillonnants,
Qui dansent en suspension dans la nuit,
Et terminent leur vie éphémère en se pétrifiant.
Aussi les coulées, de deux types :
Aa             : chaos, explosion de gaz, croûte déchiquetée,
Pahoehoe : surface lisse figeant des vagues cordées.
Le refroidissement est générateur de symétrie, géométrie des diaclases.
La plaque Nazca est aimantée par la côte.
Elle attire les îles vers elle.
Le magma perce inlassablement, au même endroit ;
L'archipel se constitue, traînée insulaire,

Le relais est souvent pris par les fumerolles,
Dissolvant magmatique, accélérateur de laves fluides ;
Les épanchements courent à la surface,
Leur circuit est modelé par les éruptions précédentes,
Avec parfois des tunnels pour guide.
Avec le temps, la course s'arrête,
Viscosité, cristallisation.

Et si la colère est plus intense,
Le volcan projette des brisures de feu, informes et vacuolaires ;
Les tephras sont expulsées dans des accès explosifs.
En version microscopique, elles sont parfois indurées, génèrent des lapillis.
Les fontaines de lave très fluides décorent le substratum,
De tufs, complotent avec l'élément aqueux.
Les sites sont fréquents : James Bay, Santiago, Bartolomé.

Yoder et Tilley prennent un cône de ces îles,
Le façonnent scientifiquement, obtiennent un tétraèdre :
La théorie de la différenciation des basaltes est apprivoisée.

Bouillonnements.
Fusion.
Tectonique active.
Convection.
Le mécanisme est en place,
Ses rouages fonctionnent parfaitement,
Fascinants et dangereux.

Española

La lave sous-marine se soulève,
Española apparaît dans un sursaut d'orgueil géologique.
Ses flancs côtiers sont découpés de falaises abruptes.
L'océan y taille la dentelle des cavernes.
Cette île est le refuge d'une faune antédiluvienne.
Point d'ancrage pour tous les desperados marins ou aériens.

Punta Suarez.
Une troupe d'otaries se prélasse avec langueur,
Ne se soucie guère de notre débarquement voyeur,
Accostage mouillé.
Nous confions la garde de notre bateau
A un pélican en uniforme brun,
Figure de proue endémique.

A terre, je suis accueilli par un preste merle moqueur,
Ambassadeur de la plage pour tapis rouge,
Qui apprivoise ma main avec légèreté et curiosité.

De sombres iguanes zèbrent le sol de leur enchevêtrement.

La femelle a la gorge rouge-orangé ;
La ponte est proche pour le lézard des laves.
Le mâle s'en est allé défier un rival,
Par une série de pompes.
Indice de colère, hérissement de chat.
Parfois, il abandonne sa queue à un prédateur,
Leurre efficace.

Magie du trou souffleur.
La vague s'engouffre sous l'île,
Fouille ses anfractuosités,
Et revoit la lumière dans un grand geyser
Qui s'éclate jusqu'à vingt-cinq mètres au-dessus des rocs.
Des crabes rouges et oranges, fluos, dessinent des contrastes photogéniques
Autour de ce spectacle aqueux,
Habillent la noirceur de la lave.

Les pétrels, danseurs étoiles,
Refoulent tous les secrets des airs.
Treize pinsons de Darwin,
Treize becs différents : classification.
Des albatros ayant croisé dans tout le Pacifique,
Trouvent asile chaque année à Española,
Et uniquement là.
Ils ont des méthodes barbares :
Viols collectifs,
Duels amoureux,
Escrimeurs du bout de leur bec en tube.
Mais les couples se déclarent alors une fidélité à vie,
Fervents d'extrême.

La nuit s'est incluse dans le décor céleste.
Un petit cercle rouge, sonar de vagues,
Scrute, et pêche au large.
La mouette à queue d'aronde
Est libérée de ses concurrents diurnes.

Le corps des fous est aérodynamisme d'école.
Ils sont dotés d'un long bec, tel un spoiler très effilé,
Au parfait design de soufflerie.

Trois espèces se disputent des concours d'élégance :
Fou à pattes rouges (absent de cette île d'Española),
Fou à pattes bleues,
Fou masqué.

Leurs plongeons kamikazes leur vaut leur appellation,
Flèches de folie,
Frénésie de la pêche,
Apnée prolongée,
Le poisson paraît dans le bec.

Fierté de la parade nuptiale :
Elle, se pâme, rentre son bec dans sa poitrine.
Lui, se dandine sur ses palmes azurées,
Pousse des sifflements étouffés et admiratifs,
Lance sa tête à un ciel écho de ses pattes,
Les ailes se déploient vers l'arrière :
Cela se nomme « sky pointing display ».

Iguanes

Alien est né aux Galápagos.
Echo d'univers mythiques...
Ce sont des stigmates d'ère secondaire.
Les iguanes marins sont les éclats multipliés
Du monstre originel.

Leurs crêtes sont des capteurs solaires.
Leurs panneaux hérissés réchauffent le sang.
Deux heures plus tard, la machine est en marche.
Fourchette de la température interne :
- 24° la nuit,
- Jusqu'à 40° le jour.

Le camouflage est noir de lave.
Un antagoniste approche,
Intimidation, dissuasion.
Un jet de sel est éjecté des narines,
D'une portée de trente centimètres.

Amours toujours :
L'on se vêt d'une parure rouge à raies vertes,
Reproduction.
Le terrier a été creusé sous un galet.
Incubation.
Eclosion.
Alien est de retour.
Méfiance, les hérons,
Les serpents et les chiens ont faim.

La horde du déluge s'est regroupé,
Entassement,
Alien tente de se reconstituer.

Crépuscule à Isabella

L'astre de feu
Décline la palette de ses tons incandescents.
La cérémonie est fastueuse.

Le ciel agonise lentement,
Le coup de grâce est proche.
Un dernier rayon, coup de couteau décidé,
Ensanglante la lumière, le sang jaillit,
Epais et brûlant.

La nuit,
Reine des dernières heures du jour,
S'avance sur ce tapis pourpre,
Etend son suaire qui étaient les lueurs ultimes.



Les yeux électriques de nos bungalows sont captivés, rideau !

Isabella

Six volcans s'associent,
Se lient dans le souvenir des coulées,
Fondent la plus grande îles des Galápagos.
Isabella,
Ombre de pluie de Fernandina.
Protection rapprochée.

L'île se découpe sur la proue, à l'horizon ondulant de notre rafiot.
Des rochers sculptent un carcan de rives externes et ponctuelles,
Abritent le secret d'un lagon.
A quelques centaines de mètres d'altitude,
La garuá se love langoureusement,
Fait pudiquement l'amour avec le volcan Sierra Negra.
Copulation nébuleuse qui engendre une prise miraculeuse.
Deux sierras de deux mètres de long sont arrachés à l'océan,
Coriaces.
Même assommés cent fois à coup de balai,
Même vidés de leurs viscères,
Même privés de branchies,
Ils se débattent,
Implorent la mère Pacifique.

Ses ailes se sont repliées,
Sont devenues les reliques des vols ancestraux,
D'une évolution oubliée.
Le cormoran aptère élit son domicile
Aux abords du courant de Cromwell,
Pourvoyeur du régal des poissons.

Sous un casque gigantesque,
Des G.I.'s sans âge rampent au ralenti.
Ces tortues géantes ont-elles connu Darwin ?
Une impressionnante compagnie
S'est déployée dans la caldéra d'Alcedo :
Plus de quatre mille individus.
Dans un effort dantesque,
Les couples s'adonnent au carapace à carapace.

Opuntia echios.
Ce cactus est une nourriture prisée.
Evolution I :
Il replie sa chlorophylle vers le ciel,
Les tortues tendent le cou,
Lutte d'influence.
Evolution II :
Il résiste aux feux, aux éruptions.
Les pirates ont déposé leurs trésors à ses pieds.

Retour aux tortues.
La morphologie de la carapace dicte la classification :
- Selle de cheval, avec le périscope du cou pour s'alimenter,
- Dôme, pour une nourriture puisée au sol,
- Intermédiaire.
Le temps d'incubation est gradué par l'altitude,
Trois mois au niveau de la mer, jusqu'à huit sur les volcans.
La température est arbitre des sexes :
- Moins de 30° C : œuf mâle,
- Plus de 30° C   : œuf femelle.
L'habitacle est un grenier à eau et à huile.

Ils sont venus du grand sud,
Ont perdu leur taille originelle,
Manchots minuscules.
Incapables de voler,
Ils ont trouvé refuge dans l'élément liquide,
Des ailes pour nageoires, des pieds pour gouvernail,
Témoins de courants froids,
Attirance Humboldt.

Ce matin,
Nous nous associons,
Faisons corps avec nos montures,
Tentons désespérément
De les aiguillonner vers le galop.
Christophe et Jorge sont maîtres d'œuvre.
L'excursion avale le volcan Sierra Negra et le plus jeune Chico,
Dont le dernier discours éruptif remonte à 1979.
Nous ménageons nos canassons,
Qui ne sont pas en reste envers nous.

Au retour,
Le bus n'en fait pas autant,
Agonie, panne sèche,
Chauffeur hilare,
Il nous reste l'offensive pédestre.

Les cactus opuntia
Tendent dans l'air hyalin,
Leurs nombreuses oreilles piquantes Et gorgées d'eau.
Ils sont à l'écoute des moindres bruissements de vie.

Une partie de foot balnéaire,
Sauvage, esprit de vengeance,
Ravive nos ardeurs sportives.
Les ampoules éclatées sont la souffrance de votre narrateur.
A quelques pas de là,
Miroir de la jetée,
De jeunes otaries folâtrent
Dans les replis du récif.

Evolution

Un accostage pour une découverte.
Charles Darwin est un jeune mécréant.
Garnement cavalier de tortues,
Lanceur d'iguanes,
Dépeceur en tout genre.
Il vient d'arriver au jardin de l'enfer.

Plus sage,
Plus mûr,
Plus tard,
Il deviendra scientifique,
S'adossera à sa théorie.

Hommage lui est rendu.
Aujourd'hui à Santa Cruz,
La station Darwin,
Tente de maintenir l'évolution naturelle,
A déclaré la guerre aux prédateurs humains,
Et prie pour dissuader les prédateurs magmatiques.

Futur incertain

« Les espèces ne sont pas inchangeables ;
Elles sont soumises au processus irréversible de l'évolution. » (Charles Darwin - 1859)



Mais...


L'érosion harcèle la faune,
Vent, pluie et mer rongent le peuplement.
L'homme est au banc des accusés,
Ses mercenaires sont domestiques :
Chèvres, rats, porcs, chiens, chats, tous indésirables.
Ils s'affranchissent, deviennent sauvages,
Partent en chasse.
Les chèvres ont les pieds dans l'assiette des reptiles.
Les chiens jettent leur dévolu sur les iguanes.
Les fourmis rouges complètent ce tableau à teneur de fléau.
Le raisonnement est appliqué aux cinq îles humanisées.

Ailleurs,
L'homme est mis en cage depuis l'extérieur ;
Il observe alors
L'Eden où il serait s'il était végétarien ou absent.

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©Christian Girault, tous droits réservés
Equateur 1992
Equateur 1992
Les textes sont extraits de "Du haut des terres d'equinoxe"
Les textes sont extraits de "Du haut des terres d'equinoxe"